États généraux de la recherche

Université de Lausanne
2 novembre 2012

— Compte rendu —

Le compte rendu de la journée est désormais disponible. Vous pouvez le télécharger en cliquant ici (pdf)

— Interventions —

Des enregistrements vidéo des interventions du matin sont disponibles en ligne sur le site de savoirlibre.net. Il est également possible de télécharger les présentations PowerPoint de deux de ces interventions ci-dessous :

Farinaz Fassa (SSP, UNIL) : « La recherche en Suisse, quand le genre interroge l’excellence »

Heidi Charvin (SNESUP, France) : « La précarisation dans le domaine de la recherche »

 

— Communiqué du 5 novembre 2012 —

Les premiers États généraux de la recherche ont eu lieu vendredi passé à l’Université de Lausanne. Ils ont rassemblé une soixantaine de personnes de plusieurs universités et HES, ainsi que quelques chercheuses·eurs étrangers.

Dans un premier temps, ces États généraux ont donné l’occasion à Acidul (l’association du corps intermédiaire et des doctorant·e·s de l’Université de Lausanne, organisatrice de la journée) de présenter quelques·uns des enseignements tirés des quelques dizaines de « cahiers de doléances » reçus depuis le début de l’été. Cinq demandes réapparaissaient avec insistance dans ces derniers :

  1. affronter la précarisation de plus en plus courante des chercheuses·eurs, en particulier en début de carrière ;
  2. lutter contre un « productivisme académique » contraignant chacun·e à publier le plus possible d’articles – c’est le fameux publish or perish – et instauré sous le prétexte de pouvoir mesurer « objectivement » la qualité des chercheuses·eurs ;
  3. contester les vieilles hiérarchies au sein des universités, qui non seulement n’ont pas disparu mais sont plutôt renforcées par un système qui se veut ultra-concurrentiel ;
  4. revaloriser l’enseignement, mis en danger par la pression à la publication ;
  5. redonner du sens aux recherches que l’on mène et reconnaître leur apport à la cité.

Trois présentations ont ensuite illustré différents problèmes concernant la recherche aujourd’hui. Farinaz Fassa, de l’Université de Lausanne, a parlé du lien entre les inégalités de genre et la politique de « l’excellence » prônée par les agence de financement de la recherche. Heidi Charvin, de l’Université de Rouen et membre du SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur), a décrit la précarité qui affecte les institutions d’enseignement et de recherche en France, tout en montrant bien les logiques européennes sous-jacentes à cette précarisation. Enfin, Stéphane Le Lay, chercheur en sociologie et membre du comité éditorial de la revue Mouvements, a cherché à décrire précisément ce qu’était le travail de recherche, en insistant sur son inévitable dimension collective, et donc sur l’absurdité consistant à le mesurer individuellement.

La seconde partie de la journée a donné lieu à une longue et passionnante discussion autour des propositions des chercheuses·eurs présent·e·s visant à améliorer la situation actuelle sans céder à la nostalgie d’une université de naguère dont on oublie parfois un peu vite les défauts. À cette université mandarinale et autoritaire, nous ne voulons pas substituer un modèle néolibéral – qui en réalité se combine aujourd’hui à la première – mais une université démocratique, publique, créative et critique, chacun des termes supposant tous les autres.
Un catalogue de revendications tirées de ces premiers États généraux de la recherche sera très prochainement rendu public.

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— Cahiers de doléances – Beschwerdeheft —

Les textes récoltés sont disponibles dans leur langue originale dans les rubriques Cahiers de doléances et Beschwerdeheft. Une version imprimable (pdf) est également disponible.

 

 

— APPEL —

Deutsch

Si, comme nous, …

… vous pensez que la recherche est malade de la compétition entre chercheuses·eurs ;

… vous aimeriez que la recherche ne se fasse pas au détriment de l’enseignement, car ce dernier est une tâche centrale de l’université ;

… vous refusez de vous laisser enfermer dans l’alternative entre l’université d’hier, mandarinale et conservatrice, et le modèle actuel, compétitif et ultra-sélectif ;

… vous pensez que le financement de la recherche doit récompenser l’originalité et la créativité, non le mimétisme et la répétition ;

… vous considérez que tous les savoirs n’obéissent pas aux mêmes règles d’évaluation, et qu’il existe à cet égard des différences importantes entre les sciences « exactes » et les sciences « humaines » ;

… vous estimez que les procédures du FNS sont bureaucratiques, souvent insensées, peu transparentes et qu’elles prennent un temps qui serait plus avantageusement passé à faire de la recherche ;

… vous constatez que les discriminations sociales, en particulier envers les femmes, sont accentuées dans le monde de la recherche du fait de son fonctionnement même ;

… vous n’avez pas envie de publier trois fois le même texte sous des titres différents, et de présenter vingt fois le même papier car c’est ce qui vous permettra d’obtenir un poste ou un financement (du moins vous l’a-t-on affirmé) ;

… vous pensez qu’une intervention en douze minutes dans un congrès qui en compte des centaines n’est pas la meilleure manière de parler de votre travail ;

… vous n’aimez pas présenter des « posters » en ayant l’impression de vendre de la camelote dans une foire ;

… vous souhaiteriez pouvoir consacrer plus de temps aux étudiant·e·s plutôt que de courir après les publications ;

… vous ne jugez pas la qualité d’un·e chercheuse·eur à la longueur de son CV ;

… vous pensez que la recherche est une affaire publique, que ses productions doivent être librement disponibles, et qu’on puisse les utiliser et les partager gratuitement ;

… vous êtes révoltés par la marchandisation à outrance de la recherche, des revues, de l’édition scientifique ;

… vous pensez que la recherche doit être payée correctement et avec des contrats de longue durée, et ne pas se faire bénévolement, à ses heures perdues, le week-end ou pendant ses vacances ;

… vous êtes inquiets des conditions matérielles, et notamment salariales, dans lesquelles vivent les jeunes chercheuses·eurs (chômage, intérim, précarité, etc.) ;

… vous en avez marre de travailler à 150% pour un poste à 40% qui disparaîtra dans quelques mois ;

… vous pensez que la recherche ne doit pas se limiter à des projets majeurs généreusement subventionnés, et décidés ailleurs que dans les universités, mais peut aussi se construire au niveau individuel ou dans de petites équipes ;

… vous trouvez qu’une pensée critique est indispensable à l’université ;

… vous pensez que la recherche n’a pas à être au service des entreprises, de l’économie ou de l’État ;

… vous voudriez pouvoir faire vraiment de la recherche, c’est-à-dire explorer un objet ou un terrain sans savoir à l’avance ce que vous allez y trouver (et donc, aussi, avec le risque de ne rien trouver) ;

Si, enfin, avec nous, vous avez envie d’imaginer ce que pourrait être une recherche démocratique, créative, collective, enthousiasmante, qui ait du sens et que l’on veuille transmettre…

… nous vous invitons à venir en discuter ensemble aux premiers États généraux de la recherche en Suisse, qui auront lieu à l’Université de Lausanne le vendredi 2 novembre 2012.

Ce sera l’occasion de rédiger un appel qui prenne en compte les vraies préoccupations des chercheuses·eurs qui travaillent dans les Hautes Écoles suisses.

Pour préparer ce travail qui nous semble indispensable, nous attendons d’ici fin septembre vos cahiers de doléances, qui décriront les conditions de travail dans le monde de la recherche aujourd’hui : les points noirs les plus importants, les idées d’amélioration, les rêves de transformation, et aussi, ce qui est très important, les moyens de résistance que nous mettons déjà en œuvre çà et là. Vous pouvez déposer votre cahier à l’adresse suivante : http://sphinx2.unil.ch. Les cahiers déposée seront ensuite consultables sur le site d’ACIDUL.

Version imprimable (pdf)

Quelques ouvrages pour prolonger la réflexion : bibliographie

Affiche (pdf)

L’organisation de ces États généraux, premiers du genre, est une initiative d’ACIDUL, l’Association du corps intermédiaire et des doctorant·e·s de l’Université de Lausanne. Ils visent à faire entendre la voix des chercheuses et chercheurs dans les discussions actuelles au sein du FNS et dans les différentes Hautes Écoles.