Agir face à la crise psychiatrique

Nous sommes un groupe de chercheurs issus des sciences sociales, actifs en Suisse romande autour des questions de la prise en charge intersectorielle des troubles psychiatriques. A partir d’un colloque inaugural organisé en 2011, nous développons aujourd’hui des activités et des recherches sociologiques dans le champ « SANTE MENTALE ET METIERS DE L’INTERVENTION D’URGENCE ».

La crise psychiatrique comme objet d’analyse et comme analyseur des fonctionnements institutionnels

La crise psychiatrique constitue aujourd’hui certes une question médicale, mais aussi sociale et politique, qui concerne et appelle la collaboration de multiples institutions ne relevant pas exclusivement du domaine de la santé. Plus uniquement confinée derrière les épais murs des institutions psychiatriques spécialisées, la gestion de la Folie a quitté l’asile pour s’inscrire dans l’espace social urbain. Dans ce mouvement continu, initié par la désinstitutionalisation, la nécessité (ou selon le point de vue, l’occasion) s’est présentée pour la psychiatrie de partager avec d’autres ses fonctions de réclusion institutionnelle de la Folie et de contrôle social sur le Fou. Au départ de l’initiative de nos travaux, réside le constat d’un fait relativement nouveau : la fonction de triage et de relais entre famille, monde judiciaire et milieu médical, remplie souvent de facto par les policiers et d’autres professionnels de l’intervention d’urgence. Le rôle premier de ces relais serait d’assurer une prise en charge continue des situations psychiatriques catégorisées comme à risque, situations que nous résumerons sous le concept de « crise ».

La crise psychiatrique, perçue et traitée majoritairement sous l’angle du « risque », est un analyseur remarquable des fonctionnements institutionnels de la santé mentale, ainsi que des pratiques et routines d’intervention de chacune des institutions sollicitées.
D’un point de vue sociologique, les patients psychiatriques constituent à plus d’un titre une population subversive, dans ce qu’elle ne respecte ni les découpages institutionnels, ni les logiques de l’intervention. Elle met donc avantageusement en évidence les fonctionnements ordinaires, ceux qui sont perturbés par la crise et qui doivent être rétablis par le travail des professionnels. Lorsque ces derniers sont appelés à intervenir simultanément et dans un même espace, un certain brouillage des identités professionnelles apparaît. La pluralité, et parfois l’opposition, des nécessités institutionnelles et professionnelles constituent le principal défi à la réalisation d’une prise en charge multi-intervenants efficace.


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