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Les vrais «Experts» travaillent dans votre salon, mais ils ne passent pas à la TV

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17 avr 2009
Jocelyn Rochat
by vsigrist

Silvano Prada © UNIL

Une scène de crime ordinaire, en ville de Lausanne. Deux cambrioleurs viennent de s’enfuir par la fenêtre d’un appartement, au rez-de-chaussée. Ils ont été dérangés par l’arrivée de la locataire et ses petits enfants qui reviennent de l’école. Le temps d’appeler la police, d’expliquer aux agents ce qui s’est passé, et voilà que débute un épisode totalement inédit des «Experts à la maison».

Comme dans la série TV américaine, si prisée des téléspectateurs romands, une jeune femme en jeans sort d’une voiture banalisée. Elle est équipée de la même lampe électrique noire que l’outil de travail préféré de Sara Sidle, dans «Les Experts à Las Vegas». La Suissesse est aussi brune, grande et sportive que la vedette de la série américaine. Sauf que cette «Experte» de la police vaudoise est bien réelle, et qu’elle est en train de passer l’appartement au peigne fin.

En quête d’indices, elle relève des empreintes sur la porte d’entrée, y cherche une éventuelle trace d’oreille avant de scanner les boîtes à bijoux et les tiroirs que les cambrioleurs ont dévalisés. Puis elle place soigneusement dans un sachet plastique «l’arme» du crime, ce long tournevis qui a fait exploser le cylindre de la porte d’entrée. Avant de repartir vers un autre appartement récemment «visité». Car il y avait du travail dans le quartier. Et pas seulement ce jourlà, puisque les statistiques des effractions ont explosé l’an dernier à Lausanne (les cambriolages d’appartements et de villas y ont augmenté de 20,4% et ceux de locaux commerciaux de 61,6% par rapport à 2007!).

Naïvement, j’ai pensé que cet épisode des «Experts dans notre salon», joué pour un simple cambriolage, venait récompenser le sang-froid familial. Appliquer des réflexes appris à la TV. Appeler la police et résister à la tentation d’entrer dans la maison pour constater les dégâts. Laisser la scène du crime inviolée et faciliter le travail des professionnels de la chasse aux indices.

Ce n’était pas (tout à fait) le cas. Parce que les cambriolages sont toujours pris au sérieux. Vous apprendrez dans ce numéro qu’en Suisse, les cambriolages ne sont pas considérés comme des crimes bénins. Si, à Londres, on confie ce genre d’affaires à des policiers qui ont trois semaines d’expérience, ici, elles sont souvent traitées par des enquêteurs qui ont fait trois ans d’université. Et qui utilisent des méthodes scientifiques d’avant-garde, développées à l’UNIL.

Elles permettent parfois d’anticiper les mouvements des cambrioleurs, offrant aux limiers suisses une avance technologique de dix à quinze ans sur les «Experts» à Las Vegas ou à Miami qui travaillent sur des cas similaires. Un investissement qui débouche régulièrement sur des coups de filet spectaculaires, permettant de capturer des bandes nombreuses qui ont perpétré des cambriolages par dizaines.

De quoi reconsidérer notre petit épisode criminel originel. Le regarder comme une scène du crime ordinaire, où étaient déployés des moyens véritablement extraordinaires. Et penser, en allumant la télévision pour visionner un feuilleton policier à succès, que les «Experts à Lausanne» auraient, eux aussi, besoin d’une bonne série TV pour que leurs talents de scienti-flics soient reconnus à leur juste valeur.

Jocelyn Rochat

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