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Vivre (et laisser vivre) à San Francisco

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18 mai 2012
David Spring
by David Spring

Roland Meier. Doctorat en médecine et ès sciences entre 2004 et 2007 à l'UNIL (recherche en oncologie pédiatrique). Aujourd'hui, il est «safety scientist» chez Genentech à South San Francisco. © Yann André – STRATES

Une rue calme située à la limite de Castro, le quartier gay de San Francisco. Une charmante maison en bois, qui a résisté au séisme de 1906. Un petit jardin, où fleurissent des arums blancs. C’est le refuge de Daniela et Roland Meier, et de leurs trois enfants Elija (4 ans et demi), Noah (3 ans) et Levy (10 mois). Ce dernier, dans les bras de sa mère, porte un «body» aux armes de Google. A l’intérieur, un joyeux mélange d’anglais, de suisse allemand et de français accueille le visiteur.

Ce trio de langues résume bien le parcours de Roland Meier, 37 ans. Après avoir obtenu sa maturité dans le canton de Saint-Gall, où l’enseignement l’a dégoûté de la langue française, il mène ses études de médecine à l’Université de Zurich. «Pour gagner ma vie, j’étais aide-soignant en oncologie au Kinderspital, précise-t-il. C’est agréable de côtoyer des enfants, car ils sont très directs.» Le jeune médecin rencontre celle qui deviendra son épouse dans un laboratoire : Daniela est pharmacienne, et docteure en biologie moléculaire (EPFZ). Pourquoi la médecine ? «C’est comme l’amour : tout le monde sait ce que c’est, mais personne ne peut vraiment le décrire.»

Il passe ensuite trois ans à Lausanne, entre l’ISREC, le CHUV et Dorigny, pour décrocher son doctorat en médecine et ès sciences (MD-PhD). «Une période fantastique! J’ai pu travailler avec des stars de la pédiatrie oncologique, comme Nicole Gross. Des chercheurs qui, en plus de leur grande compétence, possèdent une flamme intérieure.» Le Saint-Gallois recommande chaudement ce cursus, qu’il compare à un repas suivi par «deux desserts». Explications : le médecin voit les choses de haut. La biologie moléculaire et l’oncologie permettent «d’entrer dans les détails. Comment une cellule de ton corps se transforme en ennemi : c’est passionnant. Le MD-PhD jette un pont entre l’organe et l’organisme.» Son séjour à l’UNIL lui donne l’occasion de perfectionner son français, une langue qu’il parle désormais couramment.

Comme la vie de chercheur implique une certaine mobilité, la famille Meier passe ensuite trois ans en Californie. Roland se lance en effet dans un «post-doc» au Lawrence Berkeley National Laboratory, dans le domaine du cancer du sein. Il expérimente quelques différences de culture : «Quand tu écris un article pour une revue scientifique, les Américains savent bien le vendre. En Suisse, nous sommes plus timides.»

Après avoir mené une carrière académique, Daniela et Roland Meier entrent en février 2010 dans l’industrie pharmaceutique, chez Sanofi-aventis à Genève. Une transition réussie, car le couple retrouve les motivations qui lui sont chères: «la curiosité, l’éthique et l’enthousiasme». Ce retour en Suisse dure presque deux ans, «mais la Californie nous manquait». C’est ainsi que depuis janvier 2012, le Saint-Gallois est «safety scientist» en oncologie (sécurité des médicaments et des patients) chez Genentech, non loin de la Silicon Valley. Une entreprise où il se sent bien.

«Si nous vivons ici, c’est aussi pour transmettre des valeurs de tolérance à nos enfants», ajoute Roland Meier. Avec ses fils, il lui est ainsi arrivé de croiser un homme nu, en vadrouille dans la rue. Mais «better naked than armed», nicht wahr ?

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