Eco-cosmétovigilance

Lors de cette session, les participants ont visionné le film « micropolluant » de la ville de Lausanne puis ont répondu aux questions qui leur ont été posées par Erwan Saouter, comme par exemple :

  • Quelles sont les craintes que l’on a vis-à-vis des micropolluants ?
  • Ces craintes remettent-elles en question les bases de la toxicologie: c’est la dose qui fait le poison?
  • Est-ce que la présence de micropolluants = danger ?

Le résumé ci-dessous reprend les points principaux qui ont été soulevés lors de cette discussion.

La STEP :

Selon les participants, il faut rappeler que les STEP jouent un rôle essentiel dans la protection de l’environnement et qu’il y a des régions dans le monde qui ne sont pas encore équipées par cette technologie. En Suisse, on est déjà en train de réfléchir sur des questions encore plus pointues concernant la protection de l’environnement car nous avons réglé le problème de santé publique généré par l’absence de traitement des eaux.

Il a toutefois été rappelé qu’en terme de bilan énergétique, on ne sait pas encore si les nouveaux traitements des STEP (charbon actif et ozonation) seront positifs ou plus coûteux pour l’environnement. D’autres part, on ne sait pas si les molécules intermédiaires, qui sont générées par ces nouveaux traitements, sont plus ou moins toxiques que celles que l’on recherche à éliminer ?

Il est aussi à noter que les avancées technologiques au niveau analytique permettent de mettre en évidence des substances dans des concentrations de plus en plus faibles partout.

D’une manière générale, selon Erwan Saouter, il faut faire attention à la précision des termes utilisés et éviter de faire des amalgames entre pesticides, médicaments et cosmétiques, par exemple. Ce qui est vrai pour les médicaments et les pesticides, l’est aussi pour les cosmétiques et les détergents ? Peut-on extrapoler ?

L’exemple du Triclosan a été mentionné, notamment le fait qu’il est utilisé dans plus de 300 produits pour ses propriétés antibactériennes (savon, dentifrice) à raison de centaines de tonnes par année en Europe et qu’il se retrouve dans les écosystèmes aquatiques (notamment dans le Léman).

 

REACH :

Selon Erwan Saouter, 100% des cosmétiques utilisés par les consommateurs finissent dans l’environnement par une voie ou une autre. Grâce à REACH une certaine transparence existe désormais pour les substances dépassant 1 tonne par an.

Les méthodes d’analyses des molécules chimiques, utilisées en cosmétiques, se font sur deux plans. D’une part, il faut mettre en évidence si elles sont sûres, par des tests effectués lors de leur homologation (REACH). D’autres part, E. Saouter souligne que ces substances sont analysées du point-de-vue de leur biodégradabilité dans les STEP.

Il y a un sentiment de méfiance face à l’industrie et à ce qu’elle met sur le marché, qui vient aussi du fait qu’elle ne présente pas d’études sur les effets à long terme.

Les produits intermédiaires qui résultent de la recherche industrielle et qui se retrouvent dans l’environnement ne sont pas pris en compte dans REACH. On peut dire que REACH ne va pas assez loin par rapport à ces questions de micropolluants, mais cette base de donnée sera déjà un bon début pour la recherche en écotoxicologie.

REACH est issue de la pression citoyenne. Il faut continuer de mettre des gardes fous car l’industrie met sur le marché des nouvelles substances chimiques à une cadence très rapide. C’est pourquoi, les médecins et les environnementalistes devraient travailler ensemble sur ces questions.

La recherche :

Pour Erwan Saouter, la recherche n’a pas encore démontré de lien de cause à effet négatif pour l’environnement, pour chacune des substances chimiques sur le marché. Selon lui, ces substances ne sont pas la première cause de mortalité humaine, c’est plutôt, la cigarette, l’alcool, les habitudes alimentaires et le manque d’activité physique.

Toutefois, l’effet des mélanges et  les effets multi-générationnels sur le très long terme, nous sont encore inconnus à ce jour. Le défi de la recherche se situe donc sur trois plans :

L’effet des mélanges :

Il existe un grand nombre de molécules chimiques appartenant à diverses catégories, comme les parabènes, les surfactants, les tensio-actifs, etc. Celles-ci peuvent potentiellement engendrer divers effets écotoxicologiques qui sont encore peu connus pour toutes les substances. Pour pouvoir mieux les appréhender, Il conviendrait, par exemple, de comprendre leur possible mode d’action dans l’environnement, ce qui permettrait de mieux prioriser les substances à risque.

La toxicité des mélanges n’est pas encore abordée dans REACH. Cette approche permet de comprendre quelle est la réaction des organismes aquatiques (comme les daphnies ou les algues)  en contact avec un mélange de substances ayant des modes d’actions similaires.

L’effet à long terme et multi-générationnels

D’autres part, le challenge de la recherche relève également  des questions sur les effets à long terme et multi-générationnels dus à la présence de ces micropolluants dans les eaux et sédiments.

La bioaccumulation 

Il a déjà été démontré que certains Perturbateurs Endocriniens (PE) se retrouvent dans la chaîne alimentaire. Par le phénomène de bioaccumulation, les substances chimiques s’accumulent dans le corps ou les organismes. Par bioamplification, ces substances peuvent atteindre des concentrations importantes pour les organismes en bout de chaîne alimentaire. Par exemple, les muscs, utilisés dans les détergents, qui ont été retrouvés dans le lait maternel des femmes inuit.  Cette population mange des phoques qui ont accumulé des substances chimiques (par exemple des muscs) présentes dans les eaux et les sédiments. Les recherches en toxicologie ont démontré que ce n’est plus la dose qui fait le poison, concernant ces perturbateurs endocriniens, mais leur présence à un stade de développement particulier (fœtal ou à l’adolescence, par exemple).

L’éco-cosmétovigilance :

Une chercheuse déclare qu’il faut transposer la méthode d’analyse de la cosmétovigilance à l’environnement. C’est-à-dire, identifier les substances qui posent problème dans l’usage des consommateurs, les localiser dans l’environnement et générer des recherches sur l’effet des mélanges que ces substances pourraient générer dans l’environnement. Cela permettra ainsi de prioriser les recherches en fonction des substances les plus indésirables. Il sera, en effet, impossible d’étudier toutes les substances chimiques et de supprimer tout apport de micropolluant dans l’environnement. De même, pour  ce qui est de la santé humaine, il est préférable de focaliser les études sur celles ayant un mode d’action de perturbateur endocrinien, de cancérigène ou de mutagène.

Pour cette vigilance il faut plutôt s’orienter sur une vigilance à large spectre (prenant en compte toutes les pollutions) en s’inspirant de l’éco-pharmacovigilance qui étudie les effets des résidus des médicaments dans les écosystèmes.

La meilleure stratégie, et la plus efficace, ce sera toujours de diminuer l’exposition, de réduire le nombre de substances chimiques au minimum et d’éviter qu’elles passent la barrière de la peau. Faut-il changer nos habitudes, se laver moins souvent ?

En conclusion, selon Erwan Saouter, il faut avoir une approche d’évaluation du risque pour le choix des substances et influencer leur tonnage, ainsi que continuer à développer les techniques des STEP.

 

Comment sensibiliser les consommateurs ?

Introduction

Conclusion