L’affleurement des sens

Catherine Bolle noue, depuis de nombreuses années, un rapport particulièrement fécond avec la matière textuelle. Inévitablement, le livre constitue, dans sa démarche et sa pratique artistique, un objet de questionnement que la plasticienne n’a de cesse de visiter et revisiter, explorant les multiples architectures sur lesquelles peut se construire et se décliner ce support particulier.
Livres uniques ou multiples, peints ou gravés, techniques mixtes, sinon métissées, écritures et traces manuscrites, typographiées, ou encore estampées, se combinent en une polyphonie graphique qui, toujours, s’inscrit dans une réflexion sur la matière et sur la lumière qui se construit autant à partir de papier que de propositions plus inattendues, comme le verre acrylique, devenu au fil des ans un espace privilégié de son travail créatif. Lumière, transparence, reflet : autant de notions qui renvoient directement ou indirectement au travail de déchiffrement des textes et de la mise à jour du sens (ou plutôt des sens).
Mais le rapport de l’artiste à la matière écrite ne se limite pas à ce volet plastique. En considérant le chemin parcouru depuis les premières réalisations, en 1985, on sent de dégager, progressivement, une identité d’auteur. Encore fugace, et peut-être inconsciemment refoulé (je pense à ces tentatives de gommer ou cacher le texte), le geste de l’auteur se cristallise en 2005 lors de la publication du Monde des doutes, associé au associé au Monde fermé de Caroline Fourgeaud-Laville. Dans le parcours de Catherine Bolle, le doute, opposé aux certitudes toutes faites, acquiert progressivement une dimension valorisante, paradoxalement rassurante. L’écriture, qu’elle soit picturale ou textuelle, devient dès lors le lieu par excellence de l’expérience du doute. Dans ce contexte, le livre constitue un objet paradoxal, à la fois ouvert, dans lequel on risque (ou souhaite) s’égarer, et clos sur lui-même, rassurant. Protecteur. Le livre comme sas?

Cette exposition consacrée aux livres de Catherine Bolle ne se veut pas exhaustive, encore moins définitive. Elle propose un choix, personnel, forcément orienté. Le propos est de montrer la diversité et la richesse du corpus : formats, techniques, matières. Et de mettre l’accent sur les rencontres qui sont, souvent, à la source de la venue au monde des livres: rencontres avec des auteurs, bien sûr, mais aussi avec des artisans, graveurs, imprimeurs, relieurs qui, tous, à leur mesure, ont contribué (et contribuent) à faire de ce parcours une aventure. Plus qu’une aventure : une histoire d’amour(s).

Les commentaires sont fermés.