Au revoir sevgili mala, bienvenue à toi sayin kalem !
2 septembre 2010 par Aurélie Luethi
Allaha ısmarladık truelle chérie, Hoşgeldin très chère plume !
L’archéologie « de terrain » laisse en effet gentiment la place à sa comparse « de salon » … Après un silence d’un mois, espérant que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, me revoici dans une autre ville, riche de perspectives prometteuses et de nouveaux défis !
Ma présence sur la fouille a duré quatre semaines, dont la première a été –finalement- presque entièrement dévouée aux formalités administratives, que j’ai dû accomplir tek başıma (littéralement avec ma tête uniquement, à prononcer « tèqu’ bacheuma »), c’est-à-dire toute seule, l’assistant du professeur ayant apparemment décidé trop fatigant (serais-je trop ennuyante ?) de se déplacer en ma compagnie. Mais bon, ces journées où j’ai essuyé regards mi-amusés, mi-condescendants m’ont permis de me familiariser avec des lieux que les touristes ignorent et que seuls les habitants de Bodrum connaissent. Ces endroits inédits répondent aux doux noms de Kaymakamlık (ou sous-préfecture), Vergi Dairesi (bureau des impôts) ou encore Emniyet Müdürlüğü (direction de la sécurité)… On y rencontre des gens apathiques (une jolie expression turque les définit d’ailleurs explicitement: vurdum duymaz, littéralement « je l’ai frappé et il ne ressent rien ») ou souriants, nonchalants ou impatients, renfrognés ou affables, on y voit des piles de classeurs remplis à craquer, alignés et empilés jusqu’au plafond, des ordinateurs plus ou moins jeunes côtoyant des machines à écrire, des sols en marbre blanc (magnifique !) succédant à du linoléum élimé…

Qui suis-je ? Etudiante de master en archéologie, après un bachelor totalement orienté Antiquité (archéologie, latin, histoire ancienne), je m’en vais explorer un pays aux mille visages, que j’ai découvert il y a quatre ans (déjà !) lors d’un événement historique, la première mission archéologique suisse en Turquie, se déroulant dans la province de Bursa, à la campagne, proche d’un minuscule village -32 maisons- nommé Derecik. Ce pays, disais-je, m’a immédiatement fascinée, pour sa beauté d’abord (impossible de totalement éviter les poncifs, bien que je m’attellerai à l’avenir à vous les épargner du mieux que je puisse), pour la chaleur de ses habitants ensuite, et enfin, élément ayant achevé mon envoûtement, pour sa langue, qui, contrairement aux idées reçues de l’helvétique sédentaire, est mélodieuse, chantante et légère, et, pour peu que l’on tente de s’en approprier le sens, totalement hermétique et indéchiffrable pour le francophone ou l’indo-européen standard.