Le pouvoir de la visualisation sert la visualisation du pouvoir

par Alexandre Hirzel (Ci-UNIL) et Christophe Koller (IDHEAP)

La base de données des cantons et des villes suisses (BADAC), liée à la technologie de webmapping Géoclip, permet de représenter le fédéralisme à l’aide de cartes interactives sur Internet. Ce nouvel atlas de l’Etat, unique en son genre, est le produit d’une collaboration interdisciplinaire étroite entre l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), le Centre informatique de l’UNIL et l’agence Fabric|ch.


© Georgios Kollidas – Fotolia.com

Objectif

La Suisse fait partie des pays les plus stables et les plus prospères. Son système de gouvernement apparemment complexe mais basé sur une bureaucratie efficace occupe le sommet des classifications internationales. Or, sa Confédération d’Etats (les cantons) et leurs administrations locales (les communes) composent un puzzle où les différences l’emportent sur les ressemblances, où les missions diffèrent en fonction des contraintes géographiques, historiques, de l’organisation politico-administrative, des choix culturels et des ressources économiques. La compréhension du profil et des rouages de l’Etat demande donc de pouvoir en représenter les parties constitutives tout en les localisant dans l’espace et dans le temps.

A cette fin, la BADAC propose depuis 1999, à l’instigation de l’IDHEAP et avec l’appui des autorités cantonales et urbaines, une base de données relationnelle et un site assurant l’observation continue des réformes administratives, des structures et des acteurs de l’Etat au niveau des cantons et des villes suisses. Ses indicateurs et ses nombreuses publications sont gratuitement disponibles pour le public via le site www.badac.ch. Bien que ces travaux aient montré leur pertinence et leur popularité, il restait à les intégrer dans un outil convivial permettant d’explorer ludiquement la complexité du système étatique suisse.

Cartographier le fédéralisme suisse

L’objectif de cet Atlas interactif de l’Etat (AsTAT) est de cartographier le fédéralisme suisse, d’identifier les spécificités régionales et locales, de présenter ses acteurs et ses prestations, bref de faciliter sa lecture. Il permet de cartographier l’Etat aux niveaux des administrations et des autorités, décrivant la répartition et le poids des acteurs et des structures dans l’espace et le temps (1990-2010). Il permet aussi de synthétiser la complexité du fédéralisme en suivant les modes d’organisation et les réformes administratives dans une optique comparative.

Les indicateurs de l’AsTAT sont mis à jour en temps réel. Différents fonds de carte permettent de mesurer l’influence de la culture, de la religion, de l’économie sur 200 indicateurs ventilés par domaine (autorités, gouvernance, personnel, collaborations et réformes, socialités, finances publiques, population et emplois, autres) et (sous-) thèmes. Les données peuvent être agrégées par grandes régions (permettant ainsi des comparaisons avec d’autres espaces européens) et par district (pour les données communales et urbaines).

La grande innovation de l’AsTAT tient dans ses possibilités de visualisation dynamique et d’analyses multi-niveaux des cantons, des villes et des communes. Ces derniers peuvent être agrégés tenant compte de différentes unités territoriales (par grandes régions, par la langue majoritaire, le type de religion, le bassin d’emploi, les régions LIM; la répartition villes/campagne et le district).


Aperçu de l’interface Géoclip

La possibilité de sélectionner et d’analyser un groupe de cantons ou de communes permet de réaliser aisément des comparaisons personnalisées. Les niveaux institutionnels peuvent également être comparés entre eux permettant ainsi de modéliser la Suisse et le fédéralisme du futur.

Les indicateurs proposés par l’AsTAT sont de trois types :

1) Les variables absolues représentent un nombre ou un montant, comme un nombre d’habitants, de sièges politiques ou encore une somme d’argent. Sur la carte, elles sont représentées par un cercle orange de taille proportionnelle.


La taille des cercles est proportionnelle au nombre de naturalisations en 2008

2) Les variables relatives représentent une valeur rapportées à une valeur de référence, comme par exemple un pourcentage ou une densité. Elles sont représentées sur la carte par un dégradé du blanc au rouge.


Le dégradé du blanc au rouge représente le pourcentage de personnes en ménage collectif par commune

3) Les variables qualitatives représentent des valeurs discrètes, non additives, telles que l’appartenance à un parti, l’acceptation ou le refus d’une initiative ou encore un type d’organisation politique. Elles sont représentées sur la carte par des couleurs nettement différentiables. Il est possible de superposer un indicateur relatif (rond orange) sur un indicateur d’un autre type (surface colorée).


La couleur de chaque canton représente le parti politique du chancelier (par exemple, en orange, le PDC)

Technologie

Cet atlas s’appuie sur le produit Géoclip Serveur pour lequel l’UNIL dispose d’une licence de site (cf. précédent article dans i-Ci). Développé par des statisticiens-géographes issus de l’INSEE, cet outil de webmapping basé sur les technologies Flash et MySQL est de plus en plus utilisé, en particulier par les administrations suisses (Vaud, Neuchâtel, Grisons, Bâle).

Au départ se trouve la base de données MySQL de la BADAC, mise à jour quotidiennement par les statisticiens-politologues de l’IDHEAP. Cette base données, utilisées également à des fins d’analyse et de publication, est répliquée dans une seconde base MySQL, et au passage restructurée selon le schéma particulier demandé par Géoclip. Ces données alimentent alors de façon dynamique les cartes au format Flash de l’application de cartographie interactive proprement dite. Le format Flash utilisé par Géoclip garantit la fluidité et la convivialité de l’interface, ainsi que la qualité des exportations et des impressions, mais exclut pour l’instant les appareils qui tournent sous iOS (iPhone, iPad,…).

Réception

Mis en production au début octobre 2010, l’atlas a connu dans la presse un accueil enthousiaste. Dans les trois régions linguistiques suisses, nombre de journaux ont repris et parfois développé l’annonce de son lancement. Le site a également connu un franc succès, avec plusieurs milliers de cartes générées durant le mois d’octobre.

En lien avec cet article :
les cartes dynamiques de l’AsTAT sont accessibles via le site de la BADAC, ventilées par domaines et (sous-)thèmes.

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