Google Chrome, le surfeur d’argent

par Pascal Waeber, web publisher, Ci-UNIL

Apparu il y a seulement 2 ans, le navigateur web de Google occupe déjà la troisième position d’un marché redevenu concurrentiel. Rapide et ergonomique, il est un sérieux challenger pour Internet Explorer et Firefox.

Le (web)surf, une saga familiale

Internet Explorer, Firefox, Safari, Chrome, Opera, et les autres… Même si les « parents » des navigateurs web (Microsoft, Mozilla, Apple, Google etc.) ne se considèrent pas franchement comme des amis, la comparaison avec une saga familiale se révèle malgré tout assez adaptée. La sitcom est un genre qui nous a habitué aux histoires tumultueuses de frères et sœurs qui se trahissent, s’entre-déchirent et se disputent un héritage, le tout dilué sur plusieurs saisons afin de faire durer le plaisir.

Voici donc un bref résumé des épisodes précédents. Pendant les 10 premières années d’existence d’Internet dans le grand public, donc d’environ 1994 à 2004, la majorité des acheteurs d’ordinateurs ne se souciaient guère de savoir s’il fallait installer un autre navigateur web que celui qui était déjà préinstallé. Aussitôt après avoir sorti la machine de son carton et l’avoir connectée au réseau, ils cliquaient sur l’icône « accès Internet » affichée sur le bureau, sans se poser plus de questions. A ce petit jeu, Internet Explorer était devenu sans vraiment se fatiguer le navigateur le plus utilisé à une écrasante majorité (90% du marché en 2004), puisqu’il était évidemment déjà installé sur tous les PC Windows.

Un problème cependant : à une époque à laquelle Microsoft ne prenait pas vraiment le web au sérieux, ledit Internet Explorer s’était totalement endormi sur ses lauriers et ne suivait absolument plus le rythme soutenu de l’évolution du web. Et les quelques rares navigateurs concurrents (Netscape et Opera) peinaient fortement à se faire une place au soleil. Il leur fallait en effet réussir avec un budget marketing quasiment inexistant à persuader des millions d’internautes de l’utilité d’installer un autre navigateur que celui qu’ils utilisaient déjà.


Depuis 2010, sur ordre de l’Union européenne, les versions de Windows nouvellement installées proposent le choix du navigateur.

C’est finalement Firefox, apparu en 2004 comme successeur de Netscape, qui allait réussir ce pari à première vue impossible. En évangélisant la communauté des geeks, en dénonçant à la justice les pratiques monopolistiques de Microsoft, et finalement en concluant des accords de marketing avec Google et des fabricants d’ordinateurs, Mozilla a réussi à faire adopter son navigateur Firefox par un quart du marché mondial.

Grâce à ces efforts, dans le monde entier chaque personne de moins de 80 ans sait aujourd’hui qu’il existe des alternatives à Internet Explorer. Maintenant que le pli est pris, le marché des navigateurs web est redevenu concurrentiel. Ensuite Apple a largement répandu Safari sur les Macs, et plus récemment Google a proposé son propre navigateur : Google Chrome.

Un cadet à haut potentiel

Google est surtout connu du grand public pour :

  • son moteur de recherche
  • son système de messagerie Gmail
  • ses cartes Maps et Earth.

Une bonne partie de ses nombreux autres produits sont encore inconnus en dehors du cercle des internautes assidus. Et pourtant cette entreprise vaut aujourd’hui plusieurs milliards de dollars, provenant à 99% des revenus publicitaires. Dans ces conditions, pour quelles raisons Google a-t-il décidé de développer un navigateur web, un produit par définition gratuit? Google est parti de deux constatations :

  1. Nous passons chaque jour de plus en plus en plus de temps en ligne, pour un nombre croissant d’activités, comme communiquer, acheter, nous documenter, nous divertir,…
  2. Une bonne partie des sites que nous consultons ne sont plus constitués de simples pages de texte, mais sont en fait de véritables applications, souvent complexes, nécessitant du navigateur des performances, de la stabilité, une bonne gestion de la mémoire et des capacités multimédia pour le son, la vidéo et les séquences interactives.

D’où l’idée de récréer un navigateur à partir de zéro, optimisé dès le départ pour répondre aux besoins des applications actuelles. C’est ainsi qu’est né Google Chrome, proposé en téléchargement dès septembre 2008. C’est le navigateur dont la conception de base est la plus récente, donc le cadet de la famille. Et en l’essayant, on peut rapidement constater qu’il est né sous une bonne étoile.

Ses concepteurs ont décidé dès le départ de se focaliser sur quatre axes prioritaires : la vitesse, la simplicité, la sécurité et l’extensibilité.

Chrome n’est pas un logiciel 100% open source au sens conventionnel du terme. Il repose largement sur du code open source, mais il inclut également du code propriétaire pour certaines fonctionnalités. Il en existe une variante open source, livrée sans les ajouts propriétaires : Chromium. Pour l’affichage des pages, il utilise le même moteur de rendu open source que Safari d’Apple: Webkit.


Chrome a déployé un marketing intensif pour se faire connaître, comme dans cette gare à Melbourne (image sous licence CC: www.flickr.com/photos/danielbowen)

Une croissance rapide

Après 2 ans d’existence, Chrome est aujourd’hui en 3ème position en matière de parts de marché, derrière Internet Explorer et Firefox. Jusqu’à maintenant, sa progression s’est faite pour l’essentiel au détriment du navigateur de Microsoft. Pour parvenir à une progression aussi rapide, Google a passablement investi dans diverses campagnes publicitaires auprès du grand public, notamment dans son moteur de recherche (ne vous rappelez-vous pas d’avoir vu une boîte « Voulez-vous télécharger Google Chrome, un navigateur rapide ? » apparaître à chaque affichage de la page google.com ?). Des accords ont aussi été conclus avec certains éditeurs de logiciels afin que Chrome soit installé en même temps que leurs programmes, et avec quelques fabricants d’ordinateurs afin que Chrome soit préinstallé sur les machines sortant de leurs usines.

A ses débuts, Chrome a connu des controverses, liées au fait que ses conditions d’utilisation pouvaient sembler quelque peu inquiétantes en matière de respect de la vie privée. De crainte de se trouver d’emblée étiqueté comme « l’éditeur du navigateur qui espionne tous leurs faits et gestes de ses utilisateurs », Google a depuis lors modifié sa politique dans ce domaine, afin de devenir « fréquentable » même pour les personnes soucieuses de la protection de leurs données personnelles.

Les principales raisons de son succès

1. La vitesse

Le moteur de rendu des pages et le moteur JavaScript utilisés par Chrome sont très rapides à la base. L’équipe marketing de Chrome a choisi d’illustrer ses performance en vidéo, à travers quelques expériences hautement scientifiques :-)

2. La simplicité

Chrome n’est pas le premier navigateur à avoir proposé une navigation par onglets. Mais il est le premier à avoir mis les onglets bien en évidence, pour que tout un chacun pense intuitivement à les utiliser. Ce détail, qui peut sembler a priori insignifiant, a pourtant inspiré tous les navigateurs concurrents.

En observant les utilisateurs et leurs difficultés, les concepteurs de Chrome ont aussi eu l’idée géniale de fusionner la barre d’adresse et la zone de recherche.

Exemple ci-dessous : une requête dans cette zone interroge à la fois

  • Google (qui retourne des résultats en fonction de notre situation géographique)
  • nos favoris
  • notre historique de navigation.

3. La sécurité

La navigation par onglets est un grand progrès en matière d’ergonomie web, mais elle s’accompagne logiquement d’une plus forte consommation de mémoire, donc d’un risque d’instabilité. Chrome a décidé de résoudre ce problème en isolant chacun des onglets dans des zones distinctes de l’espace mémoire. Par conséquent, même si un site pose problème, le fonctionnement d’ensemble de Chrome n’en est pas affecté, comme illustré ci-dessous :


(extrait d’une bande dessinée de promotion, © texte : Google, images : Scott McCloud, licence CC)

De plus, Chrome se met à jour automatiquement en tâche de fond. Ses développeurs ont en effet constaté avec justesse qu’une majorité d’utilisateurs restaient perplexes face aux propositions de mise à jour, et ils ont donc contourné ce problème.

4. La synchronisation et l’extensibilité

Tout utilisateur de Chrome qui possède un compte Google peut s’en servir pour synchroniser ses favoris et extensions entre plusieurs ordinateurs.

Quant aux extensions, la diversité proposée après seulement deux ans d’existence est impressionnante.

Un exemple parmi d’autres : ci-dessous, l’extension Disconnect en action, qui permet de voir quels sont les sites ou services qui essaient de nous suivre à la trace, et de les en empêcher.

En conclusion : dernier arrivé sur le marché, le navigateur de Google a apporté plusieurs innovations, dont certaines ont été ensuite copiées par ses aînés. Son rythme de développement en fait un lièvre dans un pays de tortues, et la vitesse à laquelle il s’est fait une place au soleil en fait un outsider à suivre de près ces prochaines années.

Pendant ce temps, ses grands frères ne restent pas inactifs

Dans un contexte de vive concurrence, les autres membres de la famille des navigateurs ne passent pas leur temps à admirer leur cadet en gardant les bras croisés.

Mozilla vient de publier Firefox 4. Cette version totalement remaniée est sensiblement plus rapide que les précédentes, et apporte son lot de nouveautés.

Chez Microsoft, Internet Explorer 9 vient lui aussi de sortir. Là également, il s’agit d’une version totalement réécrite, avec pour but de récupérer une partie du terrain perdu au fil des versions précédentes, ou tout au moins d’éviter d’en perdre encore plus.

Et s’il s’invite à l’UNIL ?

Chrome est actuellement l’un des navigateurs les plus performants et efficaces du marché, avec de plus l’avantage d’être multi-plateforme. Après l’avoir testé, nous avons donc estimé qu’il était parfaitement normal de l’ajouter à la liste des navigateurs supportés par le Centre informatique. Notre site proposait déjà des informations relatives à Firefox et Internet Explorer ; nous ajouterons prochainement une partie spécifique à Google Chrome.

Nous conseillons aux personnes intéressées de commencer par le tester en parallèle avec leur navigateur actuel, afin de le découvrir progressivement, avant de prendre la décision d’en faire ou non leur navigateur principal.

En lien avec cet article :
- télécharger Chrome ou en savoir plus, sur son site
- suivre son actualité sur son blog ou sur sa page Facebook.

,