La Silicon Valley à l’heure du cloud

par Pascal Jacot-Guillarmod, directeur, Ci-UNIL

La Swiss Silicon Valley Association organisait pour son vingtième anniversaire un nouveau voyage d’études au berceau des technologies de l’information. Nous étions partis pour rencontrer des start-up et leurs entrepreneurs, mais nous nous sommes retrouvés dans un champ de bataille de géants.


© Patrice Fumasoli

La Silicon Valley

Cette région grande comme la Suisse romande, était autrefois le lieu où les riches entrepreneurs de San Francisco avaient leur cottage d’été. M. Stanford, dont la fortune était liée à l’arrivée du chemin de fer sur la Côte ouest installa sa demeure au milieu des cultures d’arbres fruitiers au dix-neuvième siècle. Quelques 150 ans plus tard, la propriété Stanford abrite une des meilleures universités du monde et les arbres fruitiers disparaissent rapidement pour faire la place aux entreprises high tech.


Henk Slettenhaar, l’homme qui a fondé la Swiss Silicon Valley Association en 1992

Henk Slettenhaar est un ingénieur émérite de Stanford et du CERN. C’est l’âme de l’association Swiss Silicon Valley Association (l’auteur de cet article en est cofondateur), dont l’objectif est de permettre à des étudiants et des professionnels d’entrer en relation directe avec les acteurs de la Silicon Valley grâce à un réseau étendu de personnes, d’amis ou d’alumni. Pour avoir plus d’informations sur cette aventure de deux décennies et sur le tour de cette année, voir le site www.siliconvalley.ch.

Les start-up

Toute personne qui s’intéresse à l’histoire de l’informatique sait que HP a commencé dans un garage dans les années d’avant-guerre et que Apple a suivi quelques dizaines d’années plus tard (dans un autre garage). Mais que reste-t-il aujourd’hui de cet esprit de pionnier? Les start-up se développent plus dans le creuset du quartier South market de San Francisco que dans les banlieues cossues de Palo Alto. Pour notre part, nous avons par exemple visité Opower. L’ingénieur et developpeur en chef nous a expliqué la construction et l’objectif de leurs applications pour une utilisation responsable de l’électricité.

D’autres nouvelles sociétés du domaine des cleantech ont été découvertes dans les espaces industriels libérés par la Nasa.

Du monde des réseaux sociaux, émergent aussi des start-up, telles que Lithium qui allie les technologies de l’informatique et l’étude des comportements humains pour analyser les activités des consommateurs sur le Net et les influencer… pour le plus grand bien de leurs commanditaires.

Les géants

Comment ne pas aller humer l’air de Google quand le thème de ce voyage était «cloud in the valley» ? Nous y avons été reçu par un ancien de l’ETHZ. Il nous a démontré les techniques impressionnantes qui se développent à Mountain View, particulièrement dans le domaine des applications liées à la cartographie. Nous y avons vu l’image d’une planète terre qui palpite à chaque requête envoyée au moteur de recherche, c’est-à-dire en permanence.

Nous avons aussi vu que chaque requête faite sur le moteur de recherche de Google pouvait être tracée d’une simple pression de souris et faire apparaître le village et l’image de la maison qui a émis la requête. Cette oeil inquisiteur dans la sphère privée associé à un discours presque messianique rend assez perplexe envers les objectifs ultimes d’une société qui se joue des avis juridiques (cf. polémique autour du service Google Street View en Suisse par exemple).

Cette semaine coïncidait avec la conférence internationale des développeurs Google. La société a alors annoncé son kiosque de musique en ligne, en confrontation directe avec l’iTunes Store d’Apple.


Google Plex à Mountain View, la maison mère du géant de l’internet

Quelques centaines de mètres plus loin, les locaux de Microsoft en Californie nous ont offert une démonstration de leur outil de communication unifiée. Les deux personnes avec qui nous avons aimablement discuté étaient fières du rachat de Skype qu’elles avaient comme nous découvert dans la presse du matin. Espérons que les malins qui prédisent un changement rapide du nom de la société de Skype en Skip, en mémoire des nombreuses acquisitions de Microsoft, auront tort et que nous pourrons bénéficier encore quelque temps de ce super téléphone internet développé dans les pays baltes.

A un niveau technologique plus basique, nous avons vu les nouveaux outils de VMware, l’un des principaux artisans de la virtualisation des systèmes, premier pas vers le transfert des applications et données vers le cloud.

Cette semaine intensive était aussi l’occasion de parler de nos stratégies d’avenir entre collègues des universités suisses, mais aussi avec des personnes d’horizons très divers installés dans la Silicon Valley. Des personnes des deux écoles polytechniques, du PSI, de Switch et des universités de Bâle, Zürich, St-Gall et… Lausanne ont mesuré toute la distance qu’il y a entre une nouvelle société qui se développe dès le début sur Internet et une institution académique dont l’histoire même informatique est ancienne et qui a le souci de la protection des données de ses chercheurs et étudiants. Enfin, la tendance d’aller vers le cloud est là, son influence sera majeure, les gains peuvent être importants (que l’on songe au renouvellement de la messagerie pour les étudiants ou à un cloud privé auprès de Switch pour les données scientifiques). Il vaudra mieux surfer sur cette vague qu’être englouti par elle ;-)

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