Jean-Paul Longchamp, l’architecte du réseau de l’UNIL

par Pascal Jacot-Guillarmod, directeur, Ci-UNIL

Au moment où Jean-Paul Longchamp s’apprête à quitter l’UNIL, j’ai souhaité rédiger cet article pour jeter un regard sur le fantastique développement des télécommunications au cours des trois dernières décennies. Mais aussi pour le remercier de l’intelligence et de la ténacité qu’il a mis dans ce développement.


Détail de « Désalpe de Jean-Claude Biver » par Yves Jules – collection privée de Jean-Paul Longchamp

Présent

Thomas Friedman, éditorialiste au New York Times, écrivait récemment et à propos des pistes pour le renouveau de l’économie américaine : «  les meilleurs de ces écosystèmes seront les cités et villes qui combineront université, population éduquée, entrepreneurs dynamiques et connexions réseau les plus rapides ». Si l’on regarde l’évolution de la région lémanique, on peut penser que son dynamisme est dû à la réalisation des conditions édictées par Thomas Friedman. A une échelle plus modeste, celle des responsabilités informatiques du Ci, on peut dire que l’UNIL a construit sur son campus un réseau performant, et a participé en partenariat avec les hautes écoles suisses et la fondation SWITCH, à la mise en place de l’un des meilleurs réseaux académiques.

  • 11’580 prises actives
  • 20’968 adresses IP
  • 1’679’606 mètres de fibres optiques
  • 627’604 GB échangées en 2011 avec l’Internet…

on pourrait continuer ainsi la description technique du réseau à l’UNIL, mais je préfère évoquer le service rendu à la recherche, notamment dans les activités de l’Institut suisse de bioinformatique, qui par exemple traite à Lausanne les données de séquenceurs de gènes installés à l’hôpital universitaire de Genève, ou le service rendu aux étudiants qui sont parfois près de 3’000 simultanément sur les réseaux Wi-Fi.

Dès le début notre réseau a été conçu pour une ouverture la plus large possible. A l’apparition des virus informatiques et des actes de piratage, nous avons mis en place des barrières de protection, en essayant à chaque fois de maintenir la qualité d’ouverture du réseau internet.


Augmentation constante du trafic échangé entre le réseau de l’UNIL et celui de SWITCH

Passé


© Silvano Prada

Jean-Paul Longchamp a commencé à travailler à l’Université en 1988. Rappelez-vous, ou imaginez pour les plus jeunes, le monde informatique de 1988. Point de facebook, pas de twitter, même pas de web, incroyable non ? Pourquoi engager alors un ingénieur en télécoms me direz-vous ? Dès le début des années quatre-vingts, des PC apparaissaient, des serveurs reliaient des terminaux sur des réseaux propriétaires et des physiciens, j’en connais, analysaient des collisions de particules sur des terminaux verts reliés à une vitesse de 300 b/s avec les serveurs de calcul au CERN. 300 b/s, c’est plus d’un milliard de fois plus lent que les communications actuelles. Pour utiliser une image plus parlante, il était plus simple de se rendre de Lausanne à Genève en voiture pour imprimer un gros listing, que d’attendre derrière un modem. En 1990, le réseau était déjà à 10 Mb/s sur le campus et à 2Mb/s entre les différents sites. Jean-Paul Longchamp a pu alors développer le réseau que l’on connaît aujourd’hui, en constituant son équipe de 7 collaborateurs que nous appelons aujourd’hui « groupe télécom & réseau » (Taoufik Guédri – actuel coordinateur de support informatique pour la Direction et ses services – fut son premier collaborateur, vite rejoint par Antoine Péclard, spécialiste). Remercions ici nos collègues de l’EPFL de nous avoir donné le coup de pouce technique initial.

Futur

Parler du futur de Jean-Paul Longchamp à l’Université de Lausanne est un peu difficile, puisqu’il doit nous quitter le 31 mars. C’est par contre un moment d’émotion pour le Centre informatique, et pour moi particulièrement, qui ai partagé difficultés et succès avec lui pendant 24 ans. C’est de l’émotion pure, c’est un peu de nostalgie, mais ce n’est pas de la tristesse. Pas de tristesse dans l’avenir personnel d’un homme qui a de multiples talents. Jean-Paul Longchamp est un amateur éclairé d’art brut, pour ne citer qu’une facette de sa personnalité. Peu de gens savent que c’est à lui que l’on doit (ou que l’on subit, c’est selon) la présence de figures inquiétantes sur le mur du réfectoire de la Banane, figures qui rappellent la tragédie humaine. Pas de tristesse non plus pour l’avenir du réseau de l’Université de Lausanne qui va être repris par Ha Nguyen. Ha est un collaborateur de longue date du groupe « télécom & réseau », il a amené dans chaque grand projet l’étincelle qui conjugue performances techniques, confort de l’utilisateur et simplicité de la solution. Il saura conduire l’évolution des télécoms dans un temps où cadre légal et promesses techniques se font face.


Un instantané du trafic sur le backbone: une sorte de carte météo de l’état du réseau UNIL, un schéma limpide… pour un ingénieur réseau.