C’est au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle qu’une branche de la famille de Loys, les seigneurs de Middes de Marnand et de Treye, constitue peu à peu un domaine aux alentours de la Chamberonne.

Dès le début du XVIIIe siècle, une activité proto-industrielle s’y développe. Jean-Rodolphe de Loys installe dans la boucle du cours d’eau une papeterie à partir de 1706, puis, en 1731, une blanchisserie et un martinet (c’est-à-dire une forge). Il se démarque par son activité novatrice dans le domaine de l’agriculture, même si ses résultats sont mitigés. Il tente d’élever des vers à soie, mais en vain, cultive du tabac et innove par de nouvelles techniques de fourrage artificiel.

Entre la seconde moitié du XVIIIe et le début du XIXe siècle, apparaît la mode des maisons de maître accompagnées de domaines ruraux, bien représentée dans la campagne lausannoise. Les domaines de l’Elysée (1780-1783), de Beau-Séjour (1791-1795, actuellement détruit), de Beaulieu (1763-1766 et 1774-1776), de Mon-Repos (1819) et de l’Hermitage (1852-1855) en sont de beaux exemples.

Dorigny s’inscrit justement dans cette mouvance, car, dès 1750, la “maison de la Blancherie” abrite un logement. Peu à peu, la vocation industrielle de l’édifice va céder la place à une fonction d’habitation.

En 1753, Etienne-François-Louis de Loys, dit le brigadier de Middes, hérite du domaine. Après une brillante carrière militaire française, il s’emploie à diriger les transformations des bâtiments de Dorigny. On assiste ainsi à l’érection de la maison de maître entre 1770 et 1774. Dans les mêmes années, Etienne édifie pour le compte de son frère Jean-Louis, général de France, le château de Vidy.

La maison de maître de Dorigny présente un volume simple, constitué de deux niveaux sur caves, coiffé d’un toit à la Mansart. L’extérieur est peu orné: il ne présente aucun accent central, ni latéral; en revanche, les angles sont habillés de pilastres. Sept arcades en anse de panier, séparées par des colonnes toscanes, ouvrent les façades est et sud, formant ainsi un jardin d’hiver. Dans son ensemble, le rythme des percements de l’édifice est irrégulier, ce qui laisse penser que la maison est le fruit de plusieurs campagnes de construction. Le plan, peu cohérent, semble confirmer cette impression.

L’intérieur a été fréquemment remanié, comme en témoigne la décoration des pièces, qui remonte à diverses époques. Les salles les plus riches du château sont, d’une part, la cage d’escalier, ornée d’un sol en damier, de faux marbres sur les murs et couverte par un dôme à l’impériale, et d’autre part, le grand salon, décoré de stucs fins, de parquets et d’une cheminée.

Au cours du XVIIIe siècle, on construit, à proximité de la maison de maître, d’importantes dépendances, notamment un long édifice contenant un logement, trois granges, une remise et une bergerie. Ces communs soulignent l’activité agricole du domaine de Dorigny.

Jean-Samuel de Loys, neveu et héritier du brigadier, s’installe au domaine en 1803. Il y réalise la plupart de ses expériences agronomiques, relatées dans les ouvrages qui l’ont rendu célèbre: Projet d’assolement en 1812, Notice sur les comestibles en 1813, etc.

Le domaine subit plusieurs transformations au cours du temps: les communs du XVIIIe sont détruits au siècle suivant et cèdent la place à une grange, une ferme, une serre, un hangar, un grenier et deux pièces d’eau. Une cour d’aisance apparaît également, dénotant également l’aspect d’agrément du domaine à la campagne.

Au XIXe siècle, les Loys habitent Dorigny de façon constante. En 1910, Marguerite de Loys quitte le domaine. La maison est alors louée à d’importants personnages, dont le prince Aga Khan, de 1917 à 1950; son fils Ali Khan et la femme de ce dernier, l’actrice Rita Hayworth, viennent également y passer leurs vacances. En 1938, à la mort de Marguerite, dernière descendante de sa branche, la campagne de Dorigny revient aux Hoyos-de Loys, qui s’en désintéressent.

Magali Kocher, historienne de l’art
Laurent Langer, collaborateur scientifique à
l’Antenne romande de SIK-ISEA (Institut suisse pour l’étude de l’art)
et conservateur de la Fondation Abraham Hermanjat.


Du glam au Château

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Le Château de Dorigny a abrité les amours d’une star d’Hollywood avec un prince de la jet set.
Durée : 1 min.

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