Florence Choquard

Le regard d’un psychiatre sur les écrits de la folie. La carrière de Hans Steck à l’Asile de Cery (1920-1960)

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Arts Visuels et de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education (Genève, 1983), Florence Choquard a travaillé en tant que logopédiste, puis, elle, a été engagée en qualité de chercheuse pour la Collection de l’art brut. Elle poursuit, depuis 1997, ses recherches sur l’histoire de la psychiatrie en tant que collaboratrice libre de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique et effectue actuellement divers travaux dans ce domaine (publications scientifiques et archivage de fonds inédits). Soutenue en 2012, la thèse en cotutelle a été dirigée par Vincent Barras (IUHMSP, CHUV) et Jacqueline Carroy (EHESS, Paris).

Croisant les perspectives psychologique et historique, la thèse discute des représentations de la schizophrénie que les psychiatres construisent à travers l’étude des écrits asilaires des patients et des scientifiques dans la première moitié du XXe siècle.

Figure emblématique des cliniciens qui multiplient les approches théoriques et pratiques afin de soigner les malades, Hans Steck (1891-1980) – qui a travaillé à l’Asile psychiatrique de Cery de 1920 à 1960 et qui s’est fait connaître du public grâce à l’œuvre d’Aloïse Corbaz, reconnue comme auteure d’art brut par Jean Dubuffet en 1946 – constitue le fil rouge de la thèse. Au cours de sa carrière médicale, il analyse en quoi consiste « la mentalité primitive et magique des schizophrènes ». En 1927, il avance l’idée de « parallélisme schizo-primitif » à partir des théories évolutionnistes et des premières études de l’ethnologue Lévy-Bruhl. La pensée délirante est expliquée à partir des théories exposées lors du Premier Congrès International de Psychiatrie en 1950. Adoptant la perspective phénoménologique, il écrit également que « la fonction de l’art et la fonction du délire visent à reconstituer un monde viable pour le malade ». En ce sens, l’expression artistique, bien que n’entrant pas dans le champ de la psychothérapie, fournit des indicateurs de l’état psychique du malade en même temps qu’elle contribue à son bien-être.

Adoptant une perspective critique, cette thèse soulève le problème de la reconnaissance du créateur interné, désigné comme auteur par un tiers. Dans le domaine de l’étude des signes, psychiatriques ou esthétiques, la pérennité des critères qui définissent les œuvres d’ « art psychopathologique » ou celles d’ « art brut » est mise en question. Enfin, l’écriture à l’hôpital permettant d’une part aux soignants de réfléchir à leur pratique, et, d’autre part, aux patients « d’aller mieux », cette recherche soulève la question de l’écrit dans la pratique actuelle de la clinique.

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