Présentation

L’utilisation des images photographiques et filmiques par les scientifiques n’est pas une nouveauté. Les chercheurs du XIXe et du début du XXe siècle les ont abondamment utilisées pour dévoiler, expliquer, hiérarchiser les éléments du monde, humains et non-humains. Si à leur début, la photographie et le film pouvaient, chacun à leur manière, prétendre être de précieux auxiliaires dans la réalisation de l’inventaire des races et des cultures par les pionniers de l’ethnologie, la disqualification scientifique des images a été rapidement prononcée et celles-ci n’obtiendront, face à l’écrit, qu’un rôle ancillaire. Il faudra attendre que Margaret Mead et Gregory Bateson utilisent la photo et les films de manière systématique à Bali dans les années 50 pour que l’image retrouve une légitimité scientifique. Depuis, les temps et les paysages de l’histoire ont changé et « la grande transformation » du numérique entraine de profondes modifications dans les manières de construire et de diffuser les savoirs. La prolifération des productions audio-visuelles, la création de départements d’études visuelles et sonores, le développement des humanités numériques au sein des universités témoignent et agissent en faveur de cette transformation.

Les cours 

Semestre d’automne : Filmer les rites 1

Des photographies de corps mesurés aux cartes postales exotiques, de l’exhibition d’humains au « cinéma colonial » jusqu’aux « ethnofictions » de Jean Rouch, du cinéma dit « autoctochne » jusqu’aux artistes ethnographes, nous traverserons durant ce cours introductif l’histoire rhizomique des rapports entre les ethnologues et leurs Autres. Chacune des séances du cours est bâtie autour de la présentation et de l’analyse de documents audio-visuels; un film lié à la thématique de la séance sera également projeté dans son intégralité. Nous pourrons ainsi, durant le semestre d’hiver, appréhender de manière critique les différentes conceptions de la fabrication d’un film ethnographique et saisir les implications épistémologiques, éthiques et politiques des différents dispositifs employés par les chercheurs-cinéastes. Une attention particulière sera portée aux pratiques rituelles.

Semestre de printemps  : Filmer les rites 2 / L’atelier

Les chercheurs en sciences humaines et sociales vont être amenés à s’interroger de plus en plus sur, avec et par les images qu’ils réaliseront. Grâce à elles, ces mêmes chercheurs auront la possibilité de questionner différemment le dialogue établi avec leurs interlocuteurs ainsi que la manière dont ils construisent leurs propres objets d’étude.

Si, grâce à la vidéo numérique et à l’informatique, il est aujourd’hui relativement aisé de faire un film, de capturer et de diffuser les images de son travail de recherche, il reste que l’image est encore trop souvent employée par les chercheurs expérimentés comme par les étudiants à l’instar d’une simple illustration de la recherche et ce pour différentes raisons : parce que l’image n’est pas maîtrisée techniquement ou parce que les modalités de mise en œuvre de sa capacité argumentative spécifique sont ignorées.

C’est pourquoi, compte tenu des nouveaux modes de connaissance, de production et de diffusion du savoir, et en anticipant l’univers numérique dans lequel les étudiants seront amenés à évoluer professionnellement, il nous semble important de leur offrir l’opportunité d’acquérir les bases de la prise de vue et de l’édition audio-visuelle, du montage à la diffusion sur Internet. Durant cet atelier, nous aurons aussi pour objectif de sensibiliser les étudiants aux implications épistémologiques et éthiques des dispositifs techniques qu’ils utiliseront pour réaliser leurs projets. Cette réflexion s’appuiera sur des analyses de cas de productions filmiques, multimédias ou hypermédias réalisées par des chercheurs en sciences sociales, des cinéastes, des artistes, etc.