En direct de l’International Geological Congress (IGC34) de Brisbane – Lettre 1

Publié de Brisbane le 8 août 2012, par Torsten Vennemann

Quelques conférences données avant-hier le 7 août concernaient directement l’Anthropocène. Il y aura encore deux sessions avec une douzaine de conférences qui traitent de l’impact de l’homme sur son environnement  et son expression dans les sédiments en Iran, Australie, Europe, etc…

1. Une des interventions elles concernait la question de la définition d’une date pour la limite de l’époque « Anthropocène ». Pour le Danemark par exemple – il y a eu dans le passé deux incendies, dévastateurs pour la ville de Copenhague : l’un suite à une attaque par les Suédois, l’autre d’origine accidentelle. Ceux-ci ont laissé des traces bien visibles dans les couches sédimentaires de la ville (un lac/marais proche du centre de la ville). Une autre couche marque bien l’établissement du parc botanique – changements des types des sédiments qui ont été importés et de l’apparition de pollens différents…

Par conséquent cet exemple montre bien que les effets de l’homme sur son environnement sont bien visibles, mesurables et qu’il est par ailleurs possible de les dater (charbon et/ou pollen); mais ils sont une bonne illustration du problème de déterminer quelle couche et quel temps/date l’on va utiliser pour une définition de la limite de l’Anthropocène…

2. J’ai aussi parlé avec le Prof. James Ogg (membre de la Commission Internationale de Stratigraphie – sous-commission de l’IGC qui est à la base de la définition internationale des époques géologiques) et co-auteur du livre qui vient de sortir à cette conférence (Geologic Time Scales in 2012 – voir point 3.) concernant exactement la question de la définition de l’Anthropocène, et je lui ai posé la question de l’état du processus de décision quant à cette appellation. Sa réponse a été claire : il n’y a pas encore eu de décision mais la commission est bien en train de traiter ce sujet. A ce stade, il y a plusieurs suggestions, notamment de la part du Dr. Crutzen et ses co-auteurs/collègues, mais il n’est pas facile à trancher entre ceux-ci car, comme le point 1. l’illustre, il faut normalement une « localité de type » (« type locality » en anglais) où les couches sédimentaires peuvent clairement indiquer une date de début de l’Anthropocène.

Donc, même si la teneur de CO2 dans l’atmosphère a fortement changé depuis 1870 (environ – en plein âge industriel), comment est-ce que cela va être clairement visible dans les couches sédimentaires ? Est-ce dans les carbonates des coraux (leur composition des isotopes stables de carbone (12-C et 13-C), par exemple ? Ne doit-on pas plutôt utiliser  l’anomalie du carbone 14 émis par les tests/essais nucléaires dans les années 1960-63 ? Ou peut-être un autre isotope avec une demi-vie plus longue et qui va se retrouver aussi dans les sédiments ? On pourrait également prendre le premier fossile de l’homme moderne (mais ici on parle de plusieurs millions d’années) ?  Les fossiles biologiques/paléontologiques ont en effet très souvent été utilisés pour la définition des limites des époques ; ce qui reviendrait à adopter une approche semblable à celle utilisée pour la définition des autres époques géologiques.

Mais même pour les autres époques, la question de la localité-type se pose et bien sûr même l’âge n’est pas encore « écrit » dans les roches : dans le cadre de la conférence d’IGC-34 il y a eu BEAUCOUP plus de sessions concernant ce point là, comparé au seul thème de l’Anthropocène… qui n’est pas encore une unité officiellement accordée. Le Prof. Ogg a quand même indiqué que l’appellation est de moins en moins contestée  et qu’il la trouve quant à lui bien appropriée, même si, pour la première fois, « une espèce biologique » est suggérée, ce qui est déjà un pas en avant.

3. De plus le livre « inauguré » ici à l’IGC-34 avec le titre The Geologic Time Scale 2012 (ISBN 9780444594259; Elsevier; date de publication août 2012) de 1’142 pages comporte, à la fin, un chapitre d’environ 30 pages complètement dédié à la suggestion d’une nouvelle époque géologique de l’Anthropocène (chapitre de « The Anthropocene » par Zalasiewicz, Crutzen, Steffen). Cependant il ne fait pas encore partie de l’échelle de temps géologique de façon officielle. Le focus du chapitre porte aussi sur la question de savoir quelle « marque » utiliser et quelle localité-type… Les autres chapitres, quand à eux, traitent des autres époques géologiques, de description des sédiments, du nom, des fossiles présents ou absents, de la date exacte, si connue (âge radiométrique), etc…

4. La session d’aujourd’hui (9 août 2012) est placée sous le titre : « Geopollution, dust, and man made strata » (avec une douzaine des présentations) ; elle se situe donc clairement aussi dans le contexte général des discussions sur l’Anthropocène, mais n’est pas centrée sur sa définition.

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