Le bâtiment Internef

L’Internef à Dorigny : un retour au vert

A partir de 1968, l’Université de Lausanne quitte ses locaux en ville pour s’installer sur le site deDorigny, un grand terrain vierge situé sur les bords du Lac Léman. Le Bureau des ConstructionsUniversitaires de Dorigny (BUD), décidé à respecter la topographie et la nature existantes, élaboreun programme général qui intègre les nouvelles infrastructures au parc paysager environnant.La distribution des différents bâtiments académiques est organisée selon le zoning, un modèle visant àrépartir les constructions dans des quartiers thématiques. Ainsi le site voit se développer le quartier des sciences exactes à l’ouest, le quartier des sciences humaines et sociales à l’est, et le quartier de l’administration et des services communs au centre, toutes les parties étant reliées entre elles par des voies de communication.

Le grand déménagement

L'Internef vu de derrière

Érigé entre 1973 et 1977, le Bâtiment de la Faculté des Sciences Humaines I, actuel Internef, est le premier bâtiment universitaire qui voit le jour dans le quartier des sciences humaines et sociales du site de Dorigny. Son inauguration marque une étape importante dans le déménagement de l’université, car ce ne sont pas moins de trois facultés qui viennent s’y installer dans un premier temps, dont l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales qui s’y trouve encore à l’heure actuelle.

De la fonction à la forme

Ce bâtiment à l’architecture fonctionnaliste et utilitariste se divise en trois volumes de construction principaux, chacun d’entre eux reflétant un usage interne distinct. Tout d’abord, un grand socle en forme de « U » asymétrique composé de deux ailes latérales forme la base de l’édifice. Ses deux niveaux hébergent les espaces destinés à la vie communautaire et aux cours. Cinq auditoires viennent s’imbriquer dans cet élément du côté est, constructions hexagonales dont la structure est clairement visible depuis l’extérieur. Capables de recevoir entre 120 et 300 personnes, ces pavillons accueillent les cours et séminaires à grande participation estudiantine. Enfin, deux grands blocs de hauteurs inégales reposant sur le socle du bâtiment viennent surplomber l’ensemble de la construction et abritent les bureaux des enseignants et des décanats.

Une architecture dynamique et imposante

Construit par les architectes Frédéric Brugger, Edouard Catella et Erich Hauenstein, ce bâtiment s’inscrit dans une architecture moderniste très présente sur le campus de Dorigny. Depuis l’extérieur, l’édifice présente des formes irrégulières et disparates, est c’est justement là que réside son dynamisme. En effet, les différents éléments de la construction ne présentent aucune symétrie et leurs proportions ainsi que leur architecture sont variées. Pour accentuer cette diversité dans les constructions et pour exprimer leurs fonctions distinctes, les architectes ont utilisé des matériaux hétérogènes, tels que l’aluminium, matériau moderne pour les parties rectangulaires, et la brique, matériau plus traditionnel pour les auditoires et salles de cours.

Outre son hétérogénéité, le bâtiment présente un aspect monumental exprimé, par exemple, dans le jeu entre éléments verticaux et horizontaux de l’architecture. Effectivement, il affiche non seulement un déploiement horizontal important dû aux deux ailes ouest du bâtiment qui s’étirent vers l’avant, mais aussi une verticalité imposante grâce aux deux blocs culminant l’édifice. Enfin, la disposition régulière et stricte des fenêtres confère également un air austère au BFSH1.

Un espace pour la communauté

Le modèle du campus anglo-saxon, tel qu’utilisé à Dorigny, préconise la création de nombreux lieux de rencontre visant à favoriser les contacts humains. Les notions de communauté et de communication jouent un rôle essentiel dans la planification d’une cité universitaire, le bien-être de l’étudiant étant au centre des préoccupations. Ceci se reflète également dans le BFSH1, où tout est conçu pour encourager les rencontres fortuites entre utilisateurs de l’édifice. Les architectes ont prévu de grands espaces aérés dans le niveau supérieur et intermédiaire du socle où les étudiants se rassemblent à la sortie des salles de travail. En effet, après avoir franchi les portes vitrées de l’entrée, le visiteur se trouve au centre d’une grande zone de circulation ouverte s’apparentant à un hall d’aéroport où les allées-venues incessantes des étudiants rythment les journées. Au centre, quelques marches mènent à une large plate-forme intermédiaire, lieu de passage, de rencontre et de distribution autour duquel s’organisent les différents niveaux et ailes de la construction. Cet endroit bénéficie d’une vue dégagée sur l’entrée ouest du bâtiment ainsi que sur le premier et deuxième niveau. A partir de là, on accède facilement à la cafétéria située dans l’aile sud ou à la bibliothèque située dans l’aile nord, deux lieux privilégiés par les étudiants.

La Bibliothèque Edouard Fleuret

La bibliothèque Edouard Fleuret

Depuis 2000, une petite construction vient se greffer à l’aile nord-ouest du bâtiment ; il s’agit de la bibliothèque de l’Institut Edouard Fleuret, construite par les architectes Patrick Devanthéry & Inès Lamunière. Bâtiment élégant et discret, il s’intègre facilement à l’architecture préexistante à laquelle il est rattaché par une passerelle. Constitué d’un seul volume rectangulaire reposant sur des frêles murs-pilotis, ce bâtiment épuré aux parois vitrées donne une touche contemporaine à l’édifice des années septante.

L’Internef au présent et au futur

Comme la plupart des autres facultés sur le campus de Dorigny, la Faculté des HEC, la Faculté de Droit et la Faculté des Sciences Criminelles connaissent une forte augmentation des effectifs estudiantins au cours des dernières années. Pour répondre au manque de place dans l’Internef, on construit en été 2006 un nouveau bâtiment situé à l’est de son grand frère et qui abrite des auditoires et bureaux destinés à la Faculté des HEC. Bien que l’Extranef permette de remédier temporairement à l’insuffisance de locaux d’enseignement, il est très probable qu’à l’avenir d’autres bâtiments viennent s’annexer et agrandir le quartier des sciences humaines et sociales.

Le campus de Dorigny n’a pas fini de voir son paysage architectural se métamorphoser. Il est nul doute que l’Internef, de par sa cohabitation harmonieuse avec son environnement et ses utilisateurs, s’intègre facilement au programme de développement urbanistique de l’Université de Lausanne.

Maya Birke von Graevenitz
Etudiante MA en histoire de l’art, Faculté des Lettres

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