Paroles de Doyens de la Faculté

Francis Leonard

Francis Léonard, Doyen 1986-1990

En été 1986, le Conseil de l’Ecole avait élu pour deux ans une nouvelle équipe décanale composée des Professeurs Francis Léonard (doyen), Marc-Henri Amsler et Alfred Stettler (vice-doyens). L’Ecole venait de connaître une phase de remarquable développement mais elle connaissait des tensions internes et souffrait de contraintes budgétaires et organisationnelles, en particulier son manque d’autonomie au sein de l’Université. Dans l’ensemble, elle bénéficiait cependant d’une bonne réputation grâce à la qualité et la spécificité de ses enseignements.

L’Ecole devait apporter des réponses à des conditions nouvelles affectant la formation de ses étudiants, en particulier : la révolution informatique (l’arrivée des ordinateurs personnels), la durée des études de licence (passer de 3 à 4 ans ?), la mobilité, etc. Le nouveau décanat se fixa d’emblée des objectifs prioritaires : encadrement des étudiants, recherche, informatique et formation continue. Seule, l’amélioration de l’encadrement resta insuffisante en raison de l’augmentation considérable des effectifs d’étudiants. Par contre, l’activité de recherche se développa, le plus généralement en fonction des objectifs personnels des membres du corps professoral.

L’informatique connut un essor très rapide à la fois dans le fonctionnement de l’Ecole et dans l’enseignement et la recherche. C’est ainsi qu’un impressionnant centre d’enseignement informatique (CEI) fut mis à la disposition de grands groupes d’étudiants et que des postes nouveaux furent créés. L’Institut d’informatique et organisation (Inforge), inauguré en juin 1988, allait donner de meilleures possibilités de canaliser les moyens techniques, financiers et humains dans ce domaine d’avenir.

Quant à la formation continue, déjà riche de plusieurs programmes postgrades, elle porta sur divers domaines tels que les activités bancaires, l’expertise comptable, les sciences actuarielles, l’hôtellerie et le tourisme, la gestion des PME, etc.

Dans l’équipe du Doyen Léonard pour la période 1988-1990, le Professeur Bernard Apothéloz succéda au Vice-doyen Amsler ; pour sa part, le Professeur Yves Pigneur assura l’intérim du Vice-doyen Stettler pendant son congé scientifique.

Tout en confirmant ses choix prioritaires, le décanat plaça un accent particulier sur l’amélioration de la mobilité des étudiants et leur préparation à l’internationalisation croissante de l’économie. Ainsi, devant l’exigence croissante du marché du travail pour des licences en quatre ans, l’Ecole opta pour le maintien des trois ans mais offrit une formation complémentaire de maîtrise en une quatrième année. Des initiatives concrètes furent prises également pour donner un rôle moteur à l’Ecole dans la formation continue des dirigeants dans des domaines essentiels pour l’économie locale : les services financiers et les PME. C’est ainsi qu’elle contribua significativement à la création et aux activités de l’Association PME-Université et se dota d’un Institut de gestion bancaire et financière (l’IGBF). Elle s’impliqua également en matière de tourisme et consolida le CREA en lui faisant attribuer le statut d’institut dans le domaine de la macroéconomie appliquée.

Avant la fin de son mandat, l’équipe décanale posa également les bases d’un ambitieux projet de formation postgrade bilingue en gestion internationale, comprenant notamment des échanges d’étudiants avec des institutions académiques étrangères. Ce projet se matérialisa dans le MIM (Master of International Management) dès octobre 1990.

Olivier Blanc

Olivier Blanc, Doyen 1990-2000

Elevée au rang de faculté dans les années septante, l’Ecole des HEC devait faire sa place dans l’Université de Lausanne et cela n’était pas gagné d’avance. Au contraire de son homologue de St-Gall, HEC ne bénéficiait pas d’un terreau économique régional de même importance ; de plus, certains « académiciens » avaient quelque peine à considérer l’économie, « là où l’on parle d’argent »,  comme un domaine de stature universitaire.

Pour faire sa place et si possible une place respectée, HEC devait avoir un objectif. Celui-ci était en fait fort simple : « être à l’Université de Lausanne, ce que le Wharton School est à l’Université de Pennsylvanie ». Cet objectif fit sourire bien des recteurs, mais avec le temps et malgré tous les obstacles, anciens et peut-être surtout actuels, HEC y est presque arrivée et alors comment ?

Tout d’abord, une institution de formation en économie, qui se veut de rang international, doit disposer d’un espace de liberté académique et fonctionnelle pour se développer en étroites relations avec l’économie. Par là, sa mission et sa visibilité vont bien au-delà de son appartenance à l’Université traditionnelle. Il lui faut un esprit d’entreprise, un brin de provocation et d’anticonformisme académique et surtout des relations directes et privilégiées avec le monde économique et politique. Les responsables de HEC au cours des 2 dernières décennies du XXe siècle n’ont eu de cesse de lutter pour se donner cet espace.  En cela HEC, corps constitué de l’Université de Lausanne, s’est dénommée HEC Lausanne avec un logo fort, créé dans les années huitante et développé par la suite. L’Ecole s’est dotée d’un appareil de relations, de collaborations et de représentations,  développé au cours du temps par ses responsables, ses professeurs, ses étudiants et ses gradués de par le monde. Il fallait placer HEC Lausanne sur l’orbite de ses domaines de compétences. Ce fut un long et constant travail, mais indispensable pour la vie de la faculté et pour sa crédibilité en formation et en recherche dans les domaines où elle doit être au plus haut  niveau d’excellence.

Ces domaines de compétence ont constitué peu à peu une palette élargie mais réfléchie des prestations académiques, en formation et surtout en recherche pour celle qui, un peu l’enfant terrible de l’Université de Lausanne, rêvait d’en être sa  « Wharton School ». Pour répondre à ce rêve, il fallait élever le niveau de la formation et choisir entre une voie teintée des sciences dites dures ou se rapprocher de la voie des sciences dites « humaines ». C’est la première qui a été choisie et très rapidement HEC Lausanne s’est sentie plus en sympathie avec les disciplines de  l’ingénieur qu’avec des disciplines dites « soft », sans pour autant négliger l’apport de ces dernières. Sur cette option générale, se sont ouverts ou développés des domaines prometteurs,  encore pleinement actuels, dans les théories et technologies du management, dans les concepts comptables, de la finance et de la gestion du risque, comme l’économie et le management des domaines de l’ingénierie et de la santé pour n’en citer que quelques-uns. Tous ces domaines ont apporté un enrichissement de la formation ; ils ont été concrétisés par des études de licence en 4 ans, la création de nombreux « masters » et le cadre d’études doctorales structurées. La formation n’aurait pas pu atteindre de tels objectifs sans  un fort développement de la recherche, le plus souvent au sein de nouveaux instituts. C’est surtout grâce à sa recherche de haute qualité que, par deux fois,  HEC Lausanne a accédé aux premiers rangs dans les évaluations académiques européennes.

HEC Lausanne a presque réalisé son rêve de devenir « la Wharton School de l’UNIL ». Il y  a eu des hauts et des bas. L’Ecole a dû lutter contre le conformisme et la tradition universitaires. On ne lui a pas donné beaucoup de moyens, mais elle a fait sa longue route, grâce à toutes celles et tous ceux, professeurs, assistants et surtout étudiants qui ont sans cesse voulu viser haut, avec ambition et conviction. A-t-elle ou est-elle toujours comprise, c’est la question à laquelle le présent et le futur donneront une réponse !

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