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Programme

Le colloque international « Orientalisme des marges » se déroulera des 14 au 17 mai 2013 à l’Université de Lausanne. Le programme complet de la manifestation peut être librement téléchargé ici. 

Conférences publiques dans le cadre du colloque

  • Mardi 14 mai 2013, 17h15, conférence de A. VIGASIN (Moscou), Bâtiment Anthropole, salle 3068, « German Indology in the Russian Empire »
  • Mercredi 15 mai 2013, 17h15, conférence inaugurale de V. TOLZ (Manchester), Bâtiment Anthropole, salle 2013, « Post-Colonial Scholarship as a ‘Descendant’ of Russian Oriental Studies of the Early 20th Century »
  • Jeudi 16 mai 2013, 17h15, conférence de B. CHUKHOVICH (Montréal), Bâtiment Amphimax, salle 414, « Le modernisme architectural vis-à-vis de l’orientalisme: Tachkent – Chandigarh, Achkhabad – Dhaka »

Argumentaire

Projeté à l’occasion de la réunion des Sections des langues orientales et slaves de l’Université de Lausanne, ce colloque vise à explorer la notion des « marges » de l’orientalisme dénoncé par E. Saïd en plaçant au centre des réflexions quelques cas de figures qui sont demeurés hors de la critique post-coloniale.

Mettant en parallèle le cas anglo-indien, souvent présenté comme emblématique de l’« orientalisme classique », et le cas russo-soviétique, à la fois objet de l’orientalisme européen – et pour cette raison stigmatisé comme « euro-asiatique » – et producteur  d’un discours « orientaliste », cette rencontre vise à décentrer le regard des espaces impériaux franco-britanniques pour le rediriger vers des comparaisons moins traditionnelles, tant à l’égard des histoires respectives des études orientalisantes, que par rapport aux mécanismes de l’orientalisation et des exotisations.

Cette configuration inhabituelle permettra analyser la notion des marges à plusieurs égards, aussi bien géographiques qu’épistémologiques. Sans quitter l’optique des influences réciproques entre les centres et les périphéries, le colloque s’intéressera à des espaces géographiquement marginaux par rapport à l’Europe et à ses colonies, souvent méconnus, et conçus comme essentiellement « passifs » et guidés par des métropoles éloignées. Il visera à comprendre, premièrement, le mécanisme de la création des zones marginales des études post-coloniales et les raisons pour lesquelles ces théories ont été rejetées, omises ou acceptées dans les traditions scientifiques des différents pays.

Il essayera ensuite d’esquisser des mécanismes de récupération des savoirs orientalistes par les acteurs locaux, auparavant considérés comme en marge du processus de constitution des savoirs. Le développement d’un orientalisme indien, ainsi que la réappropriation, voire la subversion, de conceptions « orientalistes » européennes par des acteurs locaux constitue un exemple typique d’« orientalisme des marges » (par exemple dans le cadre de la « renaissance bengalie » du dix-neuvième siècle ou de la « Greater India Society » au vingtième siècle). Un cas similaire nous est présenté par les processus d’impositions culturelles, mais aussi de réappropriations créatives en Asie centrale, dans ses relations souvent contraintes avec la métropole russe.

Cet angle d’approche invite à dépasser le modèle binaire « colonisateur – colonisé », et à se pencher sur le mécanisme de constitution des savoirs en situation coloniale, sur la circulation des idées dans le triangle constitué par l’Inde, la Russie et l’Europe, sur les appropriations locales des savoirs importés et sur les (ré-)inventions de traditions hybrides. Ces processus de configuration et de reconfiguration des savoirs (religions, arts, langues, littératures, etc.) occuperont ici une place de choix, car le jeu des regards croisés permet de traduire toute l’ambiguïté des situations qui se sont succédé pendant et après les périodes de domination coloniale.