À propos de la dictature du prolétariat.

Intervenant:
Daniel Zamora est sociologue a l’Université libre de Bruxelles. Il travaille spécifiquement sur le marxisme, les inégalités et l’histoire des classes populaires en Belgique.

Exposé:
La notion de « dictature du prolétariat » est sans aucun doute l’une des notions les plus discutées et polémiques du marxisme. Elle a été l’objet de vives controverses au sein des partis communistes occidentaux mais également de brillants essais (Balibar, Draper,…). Avec le redéveloppement des luttes et d’un horizon socialiste, la question de la forme politique que doit prendre une société nouvelle reste pourtant peu discutée. La « dictature du prolétariat » restant ainsi l’enfant terrible du marxisme, car totalement associée au modèle du parti unique et à l’idée d’une société extrêmement répressive. Loin de se confronter sérieusement à la notion, elle est généralement mise de côté et reléguée à un objet non digne de discussion théorique. L’objet de notre communication sera donc d’explorer, de manière rigoureuse et précise le sens politique et historique de cette notion sous trois angles.

Tout d’abord un angle historique. Nous verrons que loin d’être une notion au contenu clair, elle reflète une très grande pluralité de conceptions. Loin de déterminer à l’avance les rapports entre état, classe et parti, la notion de dictature du prolétariat ne codifie pas préalablement la forme organisationnelle de domination politique du prolétariat dans la nouvelle société. Cette première discussion historique nous permet ensuite de discuter les aspects théoriques de la question. Ici, un ensemble de problématiques se dégagent sous la question générale du sujet politique du socialisme. Si la réponse est généralement admise est « la classe ouvrière », se pose la question des formes de cette domination. Comment la classe ouvrière exerce sa domination politique ? Est-ce la classe dans son ensemble ou seulement certaines de ses composantes – son avant garde ? Le fait elle par son organisation directe, le syndicat ou les partis ? Le multipartisme est-il en opposition à cette notion ?

Les débats en URSS renvoient constamment à une tension au sein de la notion. L’équilibre fragile et très aléatoire entre les mots d’ordre « tout le pouvoir au soviets » et l’idée de la direction « du parti » nous renvoie à un conflit sur le sujet politique de l’organisation soviétique dès le début de la révolution.Le débat se pose aussi en Chine durant la révolution culturelle ou Mao décrit la commune populaire chinoise comme « la forme enfin trouvée de la dictature du prolétariat » contredisant ainsi une conception centrée autour du parti et non de l’organisation directe du « peuple tout entier ». Il semble donc y avoir une tension réelle sur le contenu et la forme organique de la dictature du prolétariat. La notion de « dictature du prolétariat » renvoie ainsi plus généralement au passage de la question de la théorie de la prise de pouvoir à celle de la révolution. Si dans le marxisme il semble assez clair que dans la théorie de la prise de pouvoir l’avant-garde organisée est le sujet politique central, en ce qui concerne la société post-capitaliste, le marxisme nous laisse un débat encore inachevé. Enfin, nous aborderons plus généralement les perspectives de cette notion et ses enjeux les plus actuels.

Horaire
Vendredi 26 octobre
14h15 – 16h
Amphimax, salle 414
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Acteurs, stratégies et finalités de l’émancipation

Ce contenu a été publié dans VOIR TOUTES LES COMMUNICATIONS, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.