Benjamin, Rossi-Landi et « La civilisation surréaliste ». La place d’une critique révolutionnaire du langage dans l’émancipation du travail matériel et linguistique

Intervenant:
Andrea D’Urso a obtenu à Sienne un Master et un Doctorat européen en Littérature comparée. Chargé de recherches et d’enseignement en Langue et Littérature Française (Université du Salento – Italie), il s’occupe principalement d’histoire, théorie et critique du surréalisme international. Il a introduit en Italie la pensée de Pierre Mabille et Vincent Bounoure, traduit Lyotard, écrit des études concernant Benjamin, Baudelaire, Breton, Jakobson, Chomsky et Rossi-Landi.

Exposé:
Si la théorie émancipatrice est en retard sur la réalité politique et économique, n’est-ce pas qu’elle s’est totalement détachée de cette dernière ? Comme « penser l’émancipation » implique forcément l’usage du langage, toute théorie n’est pas exempte du risque de retomber dans le pur idéalisme du raisonnement métaphysique, éloigné de tout rapport concret à la praxis quotidienne, tel que le perpétue la reproduction constante de l’aliénation et de l’idéologie, qui passent justement par la langue : il ne faut pas oublier que même le champ des signes est « l’arène où se déroule la lutte des classes » (M. Bakhtine). En témoignent des mots suspects (« guerre humanitaire », « morts blanches »), réifiés (« démocratie ») ou disparus (« prolétariat »), que nous voudrions discuter, contester ou ranimer, face aux processus de fétichisation, aliénation, vidage des crânes, hégémonie, exploitation et domination qu’ils avalisent.

Ces dynamiques d’asservissement largement employées aujourd’hui avaient été prévues dès les années 60 par le marxiste italien F. Rossi-Landi qui a envisagé le rôle que joue le langage en tant que pivot dans l’articulation de structure (économique) et superstructures (idéologiques), à l’intérieur du système plus général de la reproduction sociale, en faisant sans cesse appel à une prise de conscience et à une pratique de lutte révolutionnaires. En ce sens, il invitait à un travail non seulement collectif, mais aussi « supplémentaire visant à la construction du neuf », un effort désaliénant pour enfin réaliser la réunification de l’homme comme conscience-praxis dialectique et la transformation de la société, car cette dernière ne peut pas aller sans une démystification du langage, celui-ci ayant partie liée avec la reproduction sociale au même titre que la production économique.

Tout en insistant sur la nécessité de « travailler pour une société future fondée sur le jeu », mais sans nier le rôle de libération d’une « forme ludique et désaliénante du langage », c’est donc là que la pensée rossi-landienne recoupe les « réflexions parallèles » et émancipatrices de La civilisation surréaliste, précisément issues de la pratique des jeux que les surréalistes ont inventés pendant les années 70. C’est ce qui complète l’approche d’une véritable théorie matérialiste (et) dialectique des valeurs (et de la valeur du signe) voulant éviter tout économisme. Et c’est aussi ce lien entre la production et la poésie qui nous permettra de relire de façon matérialiste La tâche du traducteur de W. Benjamin, démontrant ainsi qu’en nous parlant de traduction il nous parle de révolution…

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Revanche des superstructures: Littérature et émancipation.

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