Classe contre multitude.

Intervenant-e-s:

Elsa Galerand est professeure de sociologie à l’Université du Québec à Montréal depuis juillet 2011. Elle travaille sur les luttes féministes et la question des dynamiques de recomposition des rapports sociaux de sexe, de classe et de race.

Danièle Kergoat est directrice de recherche émérite au CNRS, GTM-CRESPPA.

Exposé:
Classe contre Multitude, tels sont les termes à partir desquels on peut, à la suite de Daniel Bensaïd (2003), résumer le clivage qui domine actuellement la réflexion sur l’émancipation. Une réflexion de plus en plus polarisée sur le problème terminologique de la (re)définition du Sujet.

Or, compte tenu de leurs implications respectives, aucune des deux propositions en présence (Classe et Multitude) n’apparaît tout à fait satisfaisante du point de vue féministe adopté ici. La première nous ramène inlassablement au schéma contreproductif de la lutte principale ou prioritaire, suivant une conception étapiste de l’émancipation fondée sur le modèle d’un prolétariat unifié autour d’une seule et même lutte des classes. Tandis que la seconde conduit à liquider le problème des antagonismes ou des contradictions d’intérêts sous un discours de célébration d’une diversité qui serait non conflictuelle, qui échapperait donc à toute dynamique de lutte de classement ou de concurrence. C’est ainsi pour des raisons éloignées sinon opposées, que Classe comme Multitude font problème lorsqu’on les confronte aux avancées enregistrées par l’analyse féministe sur la dynamique des rapports de pouvoir.

Cette communication se propose précisément de rendre compte des apports de la critique féministe de l’économie politique à la réflexion sur l’émancipation. En nous appuyant sur une théorisation matérialiste de l’articulation du genre aux autres rapports de pouvoir, nous tenterons de montrer en quoi la démonstration de l’indissociablité des rapports sociaux de sexe, de classe et de race vient complexifier la compréhension marxiste de la lutte des classes sans pour autant renoncer à l’héritage marxien et souscrire aux analyses post-matérialistes du pouvoir au moment de penser le racisme et l’oppression de sexe. Au fil de l’argumentation, nous avancerons qu’il ne suffit pas d’intégrer les effets particuliers du capitalisme sur les femmes ou sur les groupes racisés pour rompre avec les compréhensions tronquées de l’économie, du travail et de l’exploitation qui continuent de fragiliser la critique du capitalisme réellement existant. Car ce ne sont pas simplement les effets du capitalisme qui sont sexués et racisés ; les rapports sociaux de sexe et de race n’interviennent pas, après coup, ou en aval du conflit de classe. Ils en sont constitutifs comme l’ont amplement démontré les analyses issues du féminisme matérialiste et du black feminism. Mais pour saisir cette dynamique complexe des rapports de force, préciser les conditions de construction de projets communs d’émancipation, comme ce qui fait obstacle à l’unification des résistances féministes, anticapitalistes, antiracistes, encore faut-il replacer la question du travail et des différentes formes d’exploitation entre hommes et femmes, entre hommes et entre femmes au centre des interrogations.

Horaire
Vendredi 26 octobre
14h15 – 16h
Amphimax, salle 414
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Acteurs, stratégies et finalités de l’émancipation

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