Culture, révolution et émancipation dans la lutte du Mouvement des Sans Terre du Brésil.

Intervenant:
Alexis Martig est docteur en anthropologie de l’Université Lumière Lyon2. Il est actuellement Post-doctorant au CELAT (Université Laval, Quebec) et au CREA (Université Lyon2). Après avoir réalisé une thèse sur la lutte pour la dignité du Mouvement des Sans Terre au Brésil, il poursuit actuellement ses recherches sur les enjeux sociaux de la lutte contre le travail esclave.

Exposé:
Défendant l’idée qu’une véritable réforme agraire est impossible dans une société capitaliste, et nécessite l’établissement d’une société socialiste, le Mouvement social des travailleurs ruraux Sans Terre a progressivement développé des pratiques spécifiques dans le but de “créer” une nouvelle société composée d’hommes et des femmes nouveaux. En effet, parmi les grands secteurs de l’organisation du MST, le “Setor de Cultura” a pour objectif de systématiser la transmission d’une culture “Sem Terra” et d’émanciper les travailleurs ruraux brésiliens pensés comme “culturellement aliénés”.

En effet, la structure agraire mise en place par les colons portugais ainsi que les sociabilités rurales développées autour entre de grands propriétaires terriens et des travailleurs ruraux dépendants de leurs terres soit pour vivre, soit pour y travailler ont contraints les derniers à se soumettre moralement aux premiers à travers leur “domination personnelle” (Franco, 1969). L’aspect contractuel de cette relation – contrairement à l’esclavage – a facilité l’intériorisation d’un sentiment d’infériorité face à une situation considérée comme inéluctable à travers l’établissement de ce qu’Ashis Nandy (1984) a appelé une “disposition de l’esprit”.

Cette communication se propose donc d’étudier les fondements et les stratégies des pratiques développées au sein du “Setor de Cultura” pour mobiliser les travailleurs ruraux brésiliens et les “désaliéner” grâce à une prise de conscience que changer le monde est possible.

Pour cela, nous nous appuierons sur nos recherches ethnographiques menées dans le cadre de notre thèse de doctorat et axées sur la systématisation de l’usage politique de pratiques artistiques afin de transmettre une nouvelle culture. Plus précisément, nous montrerons comment les réalisations et participations à des événements comme des místicas – sorte de performance héritée de l’Eglise et visant à exprimer l’idéal du MST – permettent d’émanciper les travailleurs ruraux dans le sens où la pensée utopique (Dufrenne, 1974) qui y est à l’oeuvre rend possible une expression de ces derniers comme sujets politiques “Sem Terra”. Enfin, l’étude du rôle de de la “Culture” dans le projet révolutionnaire du MST nous conduira à interroger les rapports entre les militants étant des travailleurs ruraux et ceux l’étant par conviction politique dans ces processus d’émancipation afin de savoir jusqu’où il est possible de parler d’une “culture émancipatrice”.

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Internef, salle 123
Panel – Combats actuels pour l’émancipation: Résistances à l’accumulation par dépossession.

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