De la critique de l’hypothèse répressive au modèle de la conversion : Le problème de la libération chez Michel Foucault.

Intervenant:
Julien Cavagnis mène un doctorat de philosophie dans le cadre d’une cotutelle de thèse entre les universités Jean Moulin – Lyon III et Saint-Joseph de Beyrouth. Ses recherches portent sur la pensée des soulèvements religieux dans la philosophie politique et la philosophie des religions contemporaines, et notamment sur les œuvres de Michel Foucault et d’Henry Corbin. Quelques publications ont déjà rendu compte de ces recherches, notamment sur l’anarchisme islamique du penseur iranien Ali Shariati, les recherches actuelles de Christian Jambet à la croisée de la méthode foucaldienne et de l’islamologie corbinienne, les notions d’idéologie et de politique de la vérité chez Michel Foucault, et surtout sur la notion centrale et problématique de « spiritualité politique » telle qu’elle émerge dans ses articles sur le soulèvement iranien de 1978.

Exposé:
La forte critique que formule Michel Foucault à l’encontre de l’ « hypothèse répressive » et son refus d’aborder les problématiques politiques par les schèmes de la domination ou de l’aliénation semblent condamner toute pensée positive et effective de la révolte, de la subversion et de la libération. De Sartre à Chomsky et pour bon nombre de commentateurs contemporains, se trouverait ici l’une des principales apories des réflexions foucaldiennes sur le pouvoir.

Il est vrai qu’en faisant de celui-ci une structure immanente, diffuse et productive, Foucault ferme les voies par lesquelles la liberté ou la révolte ont traditionnellement été pensées. En faisant de l’individu ou de la subjectivité un effet des techniques de pouvoir et non pas un a priori sur lequel celles-ci viendraient s’appliquer, il renverse à coût sûr le fondement sur lequel la pensée européenne puis moderne, du libre arbitre d’Augustin jusqu’à la conscience néantisante de Sartre, avait ancré sa conception de la liberté, à savoir une capacité « transcendantale » de détachement de l’homme à l’égard de son environnement. Sa critique du modèle dialectique ensuite, par l’affirmation d’un strict plan d’immanence et par son refus de laisser place à tout « extérieur » ou à toute « négativité » du pouvoir, touche quant à lui les bases épistémologiques des grandes pensées modernes de la lutte et de l’émancipation.

A vouloir conserver la conception classique de la liberté, rien d’étonnant, donc, que de nombreux penseurs de l’émancipation ou de la contestation n’aient trouvé dans l’œuvre foucaldienne qu’apories et contradictions. Nous voudrions, quant à nous, retourner le problème et tenter de repérer la forme de liberté ou de subversion qu’il est possible de concevoir à l’intérieur d’un tel modèle. Autrement dit, comment penser une pratique effective de libération qui ne repose ni sur un principe négatif ou dialectique, ni sur un principe transcendantal, mais qui s’inscrive au contraire dans le champ d’immanence des relations historiques de pouvoir et de savoir ?

Une telle question dépasse bien entendu le champ des recherches foucaldiennes et participe d’une réflexion contemporaine plus large sur la révolte. L’entreprise d’analytique du pouvoir puis d’histoire de la gouvernementalité n’a laissé, à première vue, ni la place ni le temps à Foucault pour constituer ce qui aurait pu être une analytique de la révolte. Un certain nombre de pistes se trouvent pourtant, dispersées et peut-être recouvertes par cette vaste entreprise généalogique, et qui pourraient apporter, une fois détachées de ce bloc, les bases d’un tel projet. Le cours du 1er mars 1978 portant sur les pratiques de « contre-conduite » dans le Moyen-âge chrétien, les arrêts répétés de Foucault sur les pratiques de conversion à l’époque hellénistique dans L’Herméneutique du sujet, mais aussi la série d’articles sur le Soulèvement iranien de 1978 comptent parmi de telles pistes que nous nous proposons de réunir et de penser. Distinct du modèle classique de la « contradiction », c’est un modèle du « retournement » qui dessinerait alors les contours d’une problématisation « foucaldienne » de la révolte et de la libération.

Horaire
Vendredi 26 octobre
9h00 – 10h45
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Philosophie et libération: Liberté, égalité en devenir

This entry was posted in VOIR TOUTES LES COMMUNICATIONS and tagged . Bookmark the permalink.