Éducation et émancipation : la dialectique de la subjectivation.

Intervenant:
Audric Vitiello est Maître de conférences en science politique à l’Université François Rabelais de Tours et à l’Institut d’études politiques de Paris. Ses recherches portent sur la théorie de la démocratie, en particulier sur la construction des subjectivités politiques à travers l’éducation scolaire comme à travers la participation démocratique. Il a récemment publié Institution et liberté : l’école et la question du politique (L’Harmattan, 2010).

Exposé:
L’objet de cette communication est d’interroger l’articulation entre éducation et émancipation, c’est-à-dire de se demander comment l’éducation peut favoriser l’émancipation, mais aussi de repenser le processus d’émancipation à partir de l’enjeu éducatif. L’émancipation moderne, en effet, s’accommode mal de la logique éducative, liée à une enfance érigée en figure type de la dépendance (Kant, Arendt). L’émancipation est supposée reposer sur les propres forces, sur la spontanéité du sujet s’affranchissant par lui-même des dominations et des tutelles, y compris celles exercées à fin d’éducation.

Cette difficulté à prendre en compte et à traiter l’enjeu de l’éducation au sein d’une politique d’émancipation se reflète dans la grande variété des positions éducatives que celle-ci peut justifier, depuis l’abandon de toute critique de l’acte éducatif que son lien intrinsèque avec l’autorité rejetterait hors de la sphère de l’émancipation (Arendt) jusqu’à la condamnation symétrique de toute éducation au nom de ce même caractère autoritaire, au profit de l’autoformation et/ou de l’autodidaxie (Rancière). A l’encontre de ces positions et de leur relatif désintérêt pour l’enjeu éducatif, la thèse défendue ici sera que l’éducation constitue un aspect central de toute politique émancipatrice, qui ne peut s’en désintéresser sans renoncer du même coup au contrôle de son propre avenir comme à son fondement théorique et pratique – l’autonomie humaine.

Assumer que l’éducation est partie prenante de l’émancipation appelle à repenser ce qu’est, ou peut être, une politique émancipatrice, à partir précisément de cette dimension éducative. Dès lors l’autonomie semble en effet irréductible à la logique linéaire de l’auto-émergence d’une subjectivité libre, car animée d’un mouvement dialectique de subjectivation (Laclau), voire d’autorisation (Ardoino, Pain), où l’asymétrie peut sous certaines conditions induire des effets libérateurs et/ou égalisateurs. C’est dire que l’émancipation est compatible, voire intrinsèquement liée à un processus de paideia (Castoriadis) qui, loin de tout spontanéisme, assume l’interdépendance du sujet avec son environnement social, et cherche à l’organiser pour produire des effets émancipateurs visant la construction d’une subjectivité autonome.

L’enjeu serait alors moins le fait qu’une influence soit exercée ou le degré de son emprise, que la forme de cette influence, i.e. l’organisation pratique de cette interaction formatrice. Deux éléments semblent ici essentiels : la présence d’initiateurs (maîtres, éducateurs, mais aussi, dans le champ politique, partis ou minorités actives) qui jouent un rôle essentiel pour impulser ce processus de subjectivation ; et, pour contrebalancer cette asymétrie originelle, la participation active des sujets à la régulation de cette expérience, qui à la fois réalise et développe leur autonomie.

Horaire
Vendredi 26 octobre
11h00 – 12h45
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Le facteur subjectif dans les processus d’émancipation.

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