Egalité professionnelle : entre textes législatifs et rapports sociaux de genre

Intervenante:

Elsa Manghi est une militante féministe et syndicaliste, docteure en sciences cognitives. Elle travaille sur la thématique de l’égalité professionnelle et est formatrice sur les questions de genre.

Exposé:

Depuis 40 ans, les lois sur l’égalité professionnelle se succèdent. En 1972, une loi impose une rémunération égale pour les hommes et les femmes puis en 1983, la loi Roudy élargit le champ d’application à l’égalité professionnelle en général, envisageant alors l’embauche, la formation, la promotion et les conditions de travail. La loi Génisson en 2001 impose une obligation de négociation sur l’égalité professionnelle entre direction et syndicats. Puis la loi sur l’égalité salariale de 2006 prévoit la fin des écarts de rémunération entre femmes et hommes pour décembre 2010. D’autres circulaires et décrets suivront, jusqu’au récent protocole d’accord sur l’égalité professionnelle dans la fonction publique, rejeté massivement par les organisations syndicales en mars 2012, pour son manque d’apports nouveaux et de mesures concrètes.

Au fil de ces lois et décrets, l’égalité professionnelle s’est bien ancrée dans l’espace socioprofessionnel, au point d’être intégrée dans une logique gestionnaire par les entreprises aujourd’hui. Or cette égalité professionnelle est loin d’être effective et s’est distanciée des fondements politiques sur lesquels elle s’était construite. Aujourd’hui, la réalité du travail pour les femmes est un modèle hétérosexiste, inégalitaire, qui ne reconnaît que les codes masculins : plus de précarité, moins de rémunération, moins d’accès à l’emploi, toujours une double journée de travail, et aussi la violence à l’égard des femmes qui sortent de leur rang pour accéder à des postes ou des métiers dits masculins, les propos et violences sexistes…

Il s’agit d’un modèle qui n’est pas spécifique au monde du travail et pour lequel l’analyse des rapports sociaux de genre est primordiale. La division sexuelle du travail, la naturalisation des qualités féminines, la charge de la vie familiale incombant aux femmes, toutes ces questions relatives aux normes de genre ne peuvent être dissociées de la question de l’égalité professionnelle. C’est sans doute pourquoi tout un arsenal législatif, sans volonté politique réelle, n’est pour l’instant pas venu à bout de ces inégalités. Comment continuer à se battre pour une égalité professionnelle réellement émancipatrice alors même que son contenu subversif a été dénaturé par l’institutionnalisation de la thématique ? C’est cette problématique que nous nous attacherons à étudier dans cette communication, en particulier à partir du discours féministe et syndical sur la question.

Horaire
Vendredi 26 octobre 2012
9h00 – 10h45
Amphimax, salle 414
Panel: Le travail marchandisé: Critique du salariat et émancipation.

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