Émanciper les travailleurs au cœur de la Belle époque : le cas des Bourses du travail

Intervenant:
David Hamelin oriente ses travaux dans deux principales directions : le syndicalisme confédéré en zone rurale au XXe siècle et le syndicalisme juridique et la genèse de l’expertise syndicale. Il est, en outre, auteur d’une vingtaine d’articles et a codirigé 5 ouvrages et dossier de revue.

Exposé:
De 1887 à 1914, les bourses du travail qui se déploient en France, s’ingénient à mobiliser, organiser et former les travailleurs dans la perspective de les émanciper tout à la fois de la tutelle du patronat et de l’État et les préparer à la société future qui devrait apparaître à la suite d’une révolution sociale que les promoteurs des bourses appellent de leurs vœux.

Délaissées par l’historiographie, quasiment oubliées des militants syndicalistes d’aujourd’hui, les bourses du travail ont néanmoins constitué un mouvement particulièrement important et original, porté par des militants aux attaches partisanes plurielles (socialistes, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires…), tout en étant totalement dédiée à l’émancipation intégrale des travailleurs.

Ces organismes, qui prendront place dans plus de 130 villes françaises, ne sont pas simplement des lieux d’agitation et de propagande. Dans l’esprit de leurs animateurs, la société de demain se prépare aujourd’hui, et les œuvres multiples qui seront développées (dispensaires médicaux, secours de voyage…) concourent à soulager les difficultés des salariés en les préparant à la révolution rendue possible par une grève générale expropriatrice.

Cette contribution s’attachera à expliciter le déploiement et le déclin de deux dimensions de cet effort émancipateur : l’éducation syndicale et la mise en place d’outils pour la démocratisation économique.

La formation des salariés qui constitue aux yeux des syndicalistes de la Belle Époque, une condition nécessaire à leur émancipation intégrale sur les plans sociaux, culturels, économiques ou politiques prend des formes variées. Aussi, la presse syndicale, les manifestations culturelles comme le théâtre ouvrier, les conférences, les cours généralistes ou professionnels subventionnés par les pouvoirs publics, doivent permettre aux ouvriers d’acquérir « la science de leur malheur » comme le rappelait Fernand Pelloutier.

Disposer d’une prise sur l’économie et le marché du travail constitue un autre enjeux de taille pour les syndicalistes. A l’aide de bureaux de placement des travailleurs, de secours de chômage, de l’organisation d’un service de statistique, une réflexion appuyée sur l’organisation de la production et l’avènement d’une économie coopérativiste…, les militants des bourses tentent collectivement d’atteindre cet objectif ambitieux d’une société sans classe sociale, gérée par les ouvriers eux-mêmes.

En dépit de ce programme ambitieux, d’un nombre important de salariés touchés par ces œuvres sociales, les bourses rencontrent des limites à la mise en œuvre de celles-ci, tant pour des raisons exogènes qu’endogènes et disparaissent presque toutes avec le premier conflit mondial.

Au delà de cette expérience historique, les bourses du travail permettent dans un contexte d’affaiblissement de l’État et de domination du capitalisme, d’initier une réflexion renouvelé des capacités des travailleurs à porter des initiatives économiques sociales et politiques gérées directement par ces derniers.

Horaire
Jeudi 25 octobre
14h00- 15h45
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Histoire en lutte: L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-même

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