Esclaves, sorcières et mauvaises mères : représentations et performances de “race” et de genre dans la littérature féminine afro-américaine et antillaise.

Intervenante:

Fanny Monbeig a obtenu sa licence à l’université Michel de Montaigne de Bordeaux. Elle a achevé son mémoire de Master en littérature comparée sur Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski en 2009, sous la direction d’Isabelle Poulin et de Dominique Rabaté. Depuis 2010, elle a été professeure certifiée de lettres modernes au collège Jean Lurçat (Saint Denis, 93). puis de la Reynerie (Toulouse). Elle est aussi doctorante en littérature comparée – sur la littérature féminine noire – à l’université Michel de Montaigne (Bordeaux), sous la direction de Jean-Paul Engélibert.

Exposé:

L’intérêt d’étudier la représentation littéraire des femmes noires par les femmes noires est d’analyser le « point de vue des femmes Noires », en référence à l’épistémologie du point de vue : les Africaines-américaines et les guadeloupéennes vivent des expériences spécifiques proches et diverses. Elles ont des caractéristiques communes : l’expérience de l’esclavage, le poids de la post-colonialité, la racialisation des constructions de genre. Elles se distinguent par l’enjeu linguistique, et par la réception diverse qui en est faite, dans les cadres universitaires ou militants des deux côtés de l’Atlantique.

Dans quelle mesure ces expériences propres aux femmes Africaines-Américaines et Antillaises amènent-elles à une prise de conscience féministe Noire spécifique ? La réception militante de ces œuvres, notamment dans le cadre du « Black Feminism », devra être étudiée. Ces voix qui ici émergent performent-elles des constructions identitaires ? L’écriture des femmes Noires est une écriture des marges, qui se donne à lire originellement hors des cadres institutionnels de la littérature reconnue et du discours dominant de sociétés anciennement esclavagiste.

Les écrivaines antillaises ou Africaines-Américaines entretiennent des rapports extrêmement problématiques à l’Afrique : le « retour au pays natal » n’est que déception et désillusion. Par ailleurs chez les auteures guadeloupéennes comme chez les Africaines-Américaines, l’esclavage est un marqueur fort. Ecrire les femmes noires et les femmes esclaves n’est pas le récit d’une simple et tragique addition d’oppressions. Il s’agira d’avoir une réflexion sur l’intersectionnalité de ces oppressions, et sur leur production mutuelle. En effet, il y a une construction dialectique du genre dans le cadre de l’esclavage, une domination pouvant paradoxalement participer de la déconstruction de l’autre (Frantz Fanon, 1952 ; Angela Davis, 1981). Les normes de genre sont fortement racisées, et les féminités noires qui se donnent à voir dans notre corpus peuvent illustrer précisément des mutations de genre par la construction identitaire de la « race ».

Un des éléments clés de la subversion de genre à l’œuvre dans cette littérature, est la force des amitiés et amours féminines : une illustration littéraire d’une sororité ou d’un « continuum lesbien » qui s’offre en refuge du monde des hommes. Parce qu’elles subvertissent l’ordre social, sèment le chaos dans la rationalité patriarcale, les héroïnes noires de notre corpus sont condamnées (voire brûlées) comme sorcières, ou le sont réellement, et usent de leurs pouvoirs contre les hommes dominants. Elles jettent des sorts, envoûtent, s’adonnent à des sacrifices ou se font cannibales : pour ne pas être dévorées, les femmes sorcières et anthropophages retournent le stigmate, et assument leur pouvoir occulte.

A travers l’étude d’un corpus d’œuvres littéraire Africaines-Américaines et antillaises (Toni Morrison, Alice Walker, Maryse Condé, Simone Schwartz-Bart…), nous interrogerons ces voix de femmes noires en tant qu’elles performent des constructions identitaires potentiellement émancipatrices.

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Revanche des superstructures: Littérature et émancipation.

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