Identités de classe chez les travailleurs.euses précaires : le concept de précariat à l’épreuve de la critique.

Intervenant:
Adrien Mazières-Vaysse, doctorant et ATER en science politique au Centre Emile Durkheim/Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux, termine actuellement une thèse sur la construction des identités politiques chez les travailleurs précaires en France et en Allemagne.

Exposé:
Malgré le déclin de la conscience de classe dans les pays d’Europe de l’Ouest, le sentiment d’appartenance à la catégorie de classe ouvrière n’a pas complètement disparu, y compris dans les nouvelles générations de travailleurs précaires qui ne bénéficient pas d’un travail stable, d’une protection sociale ou d’organisations syndicales largement implantées dans leurs secteurs.

Les processus qui peuvent conduire à l’affiliation subjective à la classe ouvrière ont connu des transformations importantes dans les dernières décennies. De nos jours, l’identité de classe des travailleurs précaires peut prendre la forme de trois modèles idéaux-typiques : une absence d’identité de classe, d’abord ; une identité de classe coalescente ou unifiée, ensuite, qui réunit les travailleurs stables et les travailleurs précaires dans une définition unique de la classe. Mais, cela peut aussi conduire à un troisième modèle : une identité de classe séparatiste, ie. un sentiment d’appartenance à un groupe social de précaires, considéré comme opposé à la classe ouvrière stable. La principale occurrence de ce troisième modèle se trouve dans le concept de précariat, qui fixe les délimitations de ce qui serait une nouvelle classe de travailleurs précaires. C’est à cette tension entre identités séparatistes – en particulier le précariat – et identités coalescentes que l’on s’intéressera ici.

Cette proposition de communication a pour objectif d’expliquer comment ces identités différenciées se construisent et pourquoi le processus de construction de classe conduit à l’un ou l’autre de ces cas idéaux-typiques. Nous observerons que cela tient à différentes modalités d’organisation du pouvoir, en particulier dans les lieux de travail : aux différentes modalités d’organisation des syndicats de salariés, aux modalités de négociation collective et aux formes d’action collective notamment.

Nous utiliserons les résultats d’une enquête de terrain comparative réalisée dans le cadre d’une thèse de doctorat à Bordeaux, Paris et Berlin dans les quatre dernières années, et d’un cadre théorique critique pluridisciplinaire croisant approches philosophiques, sociologiques et politiques. L’objectif est d’interroger les reconfigurations subjectives du sujet politique sur lequel s’appuie tout projet de transformation sociale et d’émancipation. On présentera, sur la base de notre enquête, quelles sont les conditions de possibilité nécessaires pour parvenir à la construction d’une identité de classe unifiée.

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Le travail marchandisé: Précarité, domination et surexploitation.

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