La question des savoirs dans une école émancipatrice : portée et limite de l’école des premières années de la révolution russe.

Intervenant:

Samy Joshua est l’un des fondateurs de la didactique des sciences et des mathématiques. Professeur retraité des sciences de l’éducation, il a contribué à la critique du tournant néolibéral en éducation.

Exposé:

Si savoir et pouvoir ont partie liée, on ne peut imaginer un « pouvoir des travailleurs » sans un partage du savoir, et même sans un pouvoir sur ce partage.

Cette question a connu un début de réponse dans l’Union Soviétique d’avant Staline. «L’école unique du travail» couvre alors la Russie et va fonctionner sans punition, sans examen de classement. Elle est gratuite, mixte, basée sur un tronc vraiment commun de 8 à 17 ans. L’autogestion est la règle, en liaison forte avec l’environnement, y compris pour la définition des matières étudiées, dans le cadre de principes généraux communs. La formation professionnelle à proprement parler est exclue de « l’école du travail ».

Cette école fut un immense succès dans un pays par ailleurs dévasté. C’est le seul exemple qu’on ait, précieux, qui montre qu’une scolarité de masse égalitaire et émancipatrice est possible, et pas seulement d’une manière indéfiniment «expérimentale» dans de petits groupes.

Une question cependant n’est pas claire, c’est celle de la nature des matières explorées. La réponse donnée dans la Russie révolutionnaire est intéressante avec la «méthode des complexes». Il s’agit de partir de «vraies questions» (sociales, culturelles, productives) dont on peut penser qu’elles feront plus directement «sens» pour la masse du peuple. Cela cependant ne règle pas si aisément la mise en relation de ces entrées «complexes» avec les approfondissements «disciplinaires».

La spécificité de l’école est en effet liée à l’étude systématique de savoirs délimités. Qui justement se présentent en nombre. Si on pense que le passage «du savoir» «aux savoirs» est une donnée récente, historiquement datée c’est par un effet de perspective. C’est bien plutôt l’extension de la grande variété constitutive des savoirs à la sphère des savoirs «nobles» qu’il faut noter comme phénomène nouveau, que l’établissement de la variété en elle-même.

La question du rapport «aux savoirs» (au pluriel) se superpose depuis peu finalement, comme question politique, à celle du rapport «au savoir» (au singulier, la pratique du latin par exemple, qu’on peut respecter sans en connaître le moindre mot par ailleurs). La sélection des savoirs scolarisés est inévitable. En particulier, il faut abandonner l’idée d’«élémentation» de la culture prise sous une forme générale. On ne peut songer à «élémenter» que l’étude d’un champ de savoir donné.

Le contenu de ce qui enseigné à l’école ne pouvant alors relever que d’un choix politique collectif, on tombe sur une question brûlante : qu’est-ce donc qui est considéré comme «essentiel» dans l’infinie diversité des savoirs candidats ?

L’exposé proposera quelques principes généraux pour se guider dans ces choix dans une perspective émancipatrice.

Horaire
Samedi 27 octobre
13h15 – 15h
Anthropôle, salle 2055
Panel – S’émanciper par les savoirs: Une émancipation par quels savoirs ?

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