La stratégie féministe à l’épreuve du nationalisme sexuel

Intervenante:
Capucine Larzillière est militante féministe et engagée dans la gauche radicale. Elle participe au collectif « Mamans Toutes Egales » qui lutte contre les discriminations faites aux mères portant un foulard dans l’accompagnement des sorties scolaires.

Exposé:
Depuis la guerre en Afghanistan, il est de bon ton pour les politiques occidentaux de droite comme de gauche de chercher à libérer les femmes à leur place. Ainsi, en France, le précédent ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, avait déclaré le 5 février 2012 : « Il y a des comportements qui n’ont pas la place dans notre pays, non pas parce qu’ils sont étrangers, mais parce que que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle en particulier de la dignité de la femme ». Cette rhétorique se concrétise en particulier par des mesures visant les femmes musulmanes portant un foulard sous couvert d’extension de la neutralité religieuse à de nouveaux domaines : Education nationale, accompagnement des sorties scolaires par les parents, métiers de la petite enfance, etc. De le même façon, le port du foulard est notifié par les agents lors des demandes de naturalisation, tandis que la question de l’égalité hommes-femmes est mise au premier plan des valeurs de la République auxquels les postulants doivent adhérer. Au total, la cause féministe est donc utilisée dans le but de stigmatiser l’immigration et tout particulièrement l’islam. Mais ces politiques se traduisent concrètement par l’exclusion d’une partie des femmes, alors même que c’est au nom de l’égalité des sexes, qu’elle est soi-disant menée.

A l’heure où la racialisation du sexisme prend de nouvelles formes, c’est le sujet même du féminisme, le « nous les femmes » qui est mis en doute. Comment en effet être porteur d’un projet d’émancipation pour toutes les femmes quand certains de ses mots d’ordre sont utilisés pour stigmatiser une partie d’entre-elles ? La stratégie féministe s’en trouve fondamentalement interrogée.

C’est ce que nous essaierons d’étudier dans cette communication en analysant les discours qui instrumentalisent le féminisme à des fins racistes. Nous chercherons à comprendre ce qu’ils signifient en termes de reconfiguration des valeurs occidentales, construisant un nationalisme sexuel. Nous tenterons enfin de tenir compte de la diversité des réactions qu’ils suscitent dans le mouvement féministe et d’envisager des pistes stratégiques pour les féministes aujourd’hui.

Horaire:
Vendredi 26 octobre
9h00 – 10h45
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Quel agenda féministe ?: Le féminisme au défi de l’oppression néocoloniale.

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