Le capitalisme néolibéral et la réalisation de soi par le travail : l’emprise de l’idéologie managériale au travail et à l’école.

Intervenant:
Philippe Hambye, est professeur de linguistique française à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Il mène des recherches en sociolinguistique, portant principalement sur le rôle que jouent les normes linguistiques et les pratiques langagières dans les processus de légitimation sociale.

Vincent Mariscal, est doctorant, aspirant FNRS. Il travaille à l’UC de Louvain au sein de l’Institut Langage & Communication (Centre Valibel). Ses recherches portent sur l’analyse critique du discours de manuels de communication corporate, qu’il essaie de mettre en perspective avec les utopies sociales du néolibéralisme.

Jean-Louis Siroux, est actuellement chargé de recherche FNRS à l’Université de Louvain (Belgique). Ses travaux portent sur la dimension langagière des processus de domination. Il est l’auteur de La fabrication des élites, 2011.

Exposé:
Selon de nombreuses analyses, dont celle de Lordon (2010), une des caractéristiques du capitalisme néo-libéral est la forme de « domination symbolique » (Bourdieu, 1997), qu’il exerce en vue d’ « enrôler » les individus dans son projet. S’appropriant les critiques post-1968 (comme l’ont montré Cusset, 2008 ou Floris, 1996), le néo-libéralisme tente de persuader les individus que le travail est le lieu de la réalisation de soi, en l’associant intrinsèquement à des « affects joyeux » (et non plus simplement de façon extrinsèque, comme c’est le cas lorsque le travail est conçu comme un instrument pour l’accès au salaire ; Lordon, 2010).

Notre communication vise à montrer comment cette tentative de « subordonner la vie et l’être entiers du salarié » (Lordon, 2010 : 107) s’inscrit concrètement dans deux domaines qui font l’objet de nos recherches actuelles (au croisement de la sociologie et de l’analyse de discours) : la communication corporate et l’évolution des rapports entre les mondes de l’école et du travail.

D’une part, nous constatons, à partir d’une analyse de manuels de management et de communication, que cette volonté de faire adhérer les salariés au projet de l’entreprise est centrale dans « l’idéologie managériale » (de Gaulejac, 2009). D’autre part, les évolutions des systèmes éducatifs en Europe montrent que ceux-ci sont caractérisés par une intégration progressive du modèle managérial et par une soumission croissante aux impératifs du marché de l’emploi (Souto Lopez, à paraître ; Maroy, 2010). Le développement récent de l’enseignement en alternance, tel que nous l’avons étudié en Belgique francophone, en constitue une illustration paroxystique.

Notre analyse montrera ainsi que, sous couvert d’une éthique consensualiste, présente tant dans le champ de l’entreprise (Lordon, 2003 ; Mariscal, à paraître ; Salmon, 2007) que dans le domaine éducatif (Laval et al., 2011), et de valeurs comme l’autonomie, la responsabilité, le développement personnel, l’évaluation de la qualité ou l’excellence, etc., le capitalisme néo-libéral impose, notamment par des mécanismes sociodiscursifs, une certaine définition anthropologique de l’individu qui le réduit à son statut de travailleur, avec pour conséquence que l’intégration par le travail devient toujours plus le principe directeur de nombreuses politiques publiques. Ce qui nous conduira à envisager sur quelles bases d’autres définitions anthropologiques de l’individu et des voies de son émancipation peuvent être imaginées.

Horaire
Vendredi 26 octobre
11h00 – 12h45
Amphipôle, salle 201
Panel – Le travail marchandisé: Idéologie managériale et domination du travail.

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