Le talon d’Achille de l’abstraction. Conséquences pour les luttes d’émancipation.

Intervenante:
Eva Hartmann est actuellement postdoctoral fellow à l’Université de Kassel. Ses études portent sur l’internationalisation de l’éducation supérieure dans le contexte de l’internationalisation de l’état et du droit. En outre elle s’intéresse à l’ordre symbolique de la concurrence internationale.

Exposé:
Cette contribution entend démontrer les conditions sociales qui rendent possibles et sont préalables à la concurrence sur le marché international. Au centre de l’analyse se trouvent les rapports impersonnels établis par les transactions économiques – lesquels sont bien étudiés par Georg Simmel et Max Weber. Une perspective wébérienne attire notre attention sur l’inséparabilité de l’économie et du droit -­ deux modes d’abstraction interdépendants. Notre contribution vise à radicaliser cette perspective en liant la notion de la dépersonnalisation aux concepts plus larges de la réification et de fétichisation développés par l’approche du matérialisme historique. En effet, la théorie de la valeur de Karl Marx, affinée par Isaac Rubin et complétée par la théorie générale du droit d’Evgueni Pachoukanis, met en exergue comment l’abstraction va de pair avec une égalisation complexe qui établit des chaînes d’équivalence. Ces chaînes permettent la concurrence sur le marché en rendant les marchandises et leur détenteurs comparables et donc échangeables, indépendamment de leur valeur d’usage, de leur spécificité et des conditions de production.

Cette contribution met en exergue la valeur heuristique d’une telle perspective et éclaire la manière dont cette abstraction rend in-visible des conditions d’exploitation. En même temps, elle met en lumière ses lacunes car une telle perspective ne permet pas véritablement de saisir comment le mode de production capitaliste dépend d’un contexte social beaucoup plus large. En étudiant les conditions préalables qui rendent possible un marché international des services, cette contribution souligne que les chaînes d’équivalence ont besoin d’un ordre symbolique que ni le marché ni l’Etat peuvent établir. L’étude de cas donc met en lumière une dépendance du mode de production capitaliste au delà de la force de travail des salarié‐e‐s. C’est ainsi que nous mettons en lumière un deuxième morceau du talon d’Achille du mode de production capitaliste. Ce talon d’Achille pourrait en effet devenir le point de départ pour des luttes d’émancipation futures en lien avec la mobilisation des salarié‐e‐s et des consommateurs en re-­politisant le mode de production dominant.

Horaire
Vendredi 26 octobre
11h00 – 12h45
Amphimax, salle 414
Panel – Philosophie et libération: Fétichisme, domination sociale et violence de l’abstraction.

 

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