L’émancipation des travailleurs.euses (du sexe) sera l’œuvre des travailleurs-euses (du sexe) elles.eux-mêmes » : prostitution, (pro)féminisme et anti-capitalisme.

Intervenant-e-s:

Morgane Merteuil, titulaire d’un master en littérature, travailleuse du sexe depuis 3 ans, secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel ; auteure d’un essai-manifeste intitulé « Libérez le féminisme! » (sortie septembre 2012).

Damien Simonin est doctorant au Centre Max Weber (Ens de Lyon), allocataire de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et membre du collectif de recherches ACAE (Actualité des concepts d’aliénation et d’émancipation).

Exposé:

Au croisement des luttes anti-capitalistes et anti-patriarcales, le travail du sexe concerne à la fois des questions de répartition des ressources matérielles et de conditions d’usage de son corps. Mais loin d’être un point de convergence de ces luttes, il constitue au contraire l’un des thèmes à la fois récurrents et conflictuels, au moins en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Émergeant dans les années 1970, les positions actuelles semblent absolues et indépassables. Pourtant, les conditions d’exercice ont connu des changements importants et les personnes concernées se sont fortement diversifiées. Bien plus qu’une domination en soi, le travail du sexe est lié à une multiplicité de rapports de domination (de classe, de sexe/genre, de race, d’âge). Nous proposons donc de revenir sur les relations entre travail du sexe et émancipation dans les discours et débats contemporains au sein des mouvements anti-capitalistes et (pro-) féministes en France.

Il s’agit d’abord de questionner la possibilité de penser l’émancipation de/par la prostitution, en prenant au sérieux aussi bien les positions critiques des mouvements abolitionnistes (sur l’émancipation par le travail dans une économie capitaliste ou par la sexualité dans un régime patriarcal) que les revendications des mouvements de travailleur.se.s du sexe (sur le travail du sexe comme possible résistance ou alternative dans ce contexte). Mais nous voudrions aussi défendre la possibilité de penser les travailleur.se.s du sexe comme pensant, exprimant et agissant leur propre émancipation. Le « travail du sexe » recouvre aujourd’hui une diversité de personnes, d’activités et de relations, une multiplicité de rapports de pouvoir : on ne peut pas analyser les discours des travailleur.se.s du sexe uniquement comme un produit de l’oppression. Il faut donc prendre en compte leurs formes d’organisation, en particulier le Syndicat du Travail Sexuel (STRASS) : ses revendications, les critiques qui lui sont adressées et les alliances qu’il tente de nouer.

L’objet de ces débats, ce n’est pas seulement la possibilité que le sexe constitue un outil de travail, c’est toujours aussi la possibilité du choix du travail du sexe, c’est-à-dire la capacité des personnes à penser elles-mêmes leur propre émancipation.

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Le travail marchandisé: Précarité, domination et surexploitation.

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