L’émancipation révolutionnaire du prolétariat : retour sur le projet éthico-politique de Marx.

Intervenant:
Ludovic Hetzel, Professeur agrégé de philosophie, auteur d’une thèse sur La Dialectique matérialiste dans « Le Capital » (2009), reprise en livre, à paraître aux Éd. Classiques. Garnier.

Exposé:
On s’accordera sans doute à considérer que la lecture de Marx est toujours majeure pour penser l’émancipation. Mais les divergences commencent dès que l’on se demande si elle reste globalement décisive ou si au contraire l’expérience du XXe siècle nous impose de renoncer à son projet politique. La seconde hypothèse peut s’appuyer sur l’horreur du stalinisme, l’intégration de la social-démocratie, la crise du mouvement ouvrier et notamment la mise en cause du prolétariat comme sujet central de l’émancipation… Pourtant, nous voudrions soutenir l’idée d’une pertinence continue du projet éthico-politique de Marx.

Il s’agit bien d’un projet éthique qui s’ancre dans une anthropologie permettant à la fois de supprimer, conserver et dépasser (selon l’Aufhebung hégélienne) l’humanisme bourgeois. La pensée philosophique de Marx s’enracine en effet dans l’idée d’une auto-productivité des individus humains en leurs rapports sociaux, qui n’est rien d’autre qu’une logique de libération par et dans le travail. Or cela fonde la primauté définitive du geste productif et de son intelligence, qui subsiste de façon certes ténue, mais non moins prégnante au cœur même de la pire exploitation capitaliste et de la résistance immédiate qu’elle suscite. C’est ce qui fonde la centralité du prolétariat au-delà des variations de ses formes historiques, des aléas de sa combativité et de la diversité des autres luttes émancipatrices qu’engendre le capitalisme.

Il en découle un projet politique axé sur l’objectif de la liberté concrète. L’auto-productivité implique l’auto-activité, c’est-à-dire centralement la lutte de classe. Au-delà de la résistance immédiate, la logique proprement politique de cette lutte est d’abord celle d’une libération du temps ; mais celle-ci se révèle compatible avec le système au prix d’une surexploitation intensive et d’une soumission croissante de la vie sociale au capital. C’est pourquoi le cœur du projet marxien d’émancipation consiste en une libération complète à l’égard du capital, qui passe par la transformation révolutionnaire de la société sous l’hégémonie du prolétariat.

Horaire
Vendredi 26 octobre
16h15 – 18h
Château de Dorigny, salle 106
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Théories politiques et révolution

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