Les formes de contestation sociale au Maroc : entre luttes instituées et contestation éparse.

Intervenant-e-s:

Soraya El Kahlaoui, est doctorante en sociologie à l’EHESS. Ses intérêts de recherche portent sur l’étude des formes d’expressions politiques du « réveil arabe » notamment à travers une analyse comparative du mouvement politique du « 20 février » et des mouvements d’habitats clandestins au Maroc.

Romain Huët est Maîtres de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes II. Ses recherches portent sur les formes d’expressions politiques de la souffrance sociale à travers l’analyse des soulèvements du « réveil arabe », ainsi qu’à travers l’analyse d’autres formes d’expression de la souffrance en France.

Exposé:

Le but de cette communication est de mettre à l’épreuve du terrain les premières analyses qui visent à insister sur l’émergence potentielle de nouvelles formes de contestation à l’oeuvre dans les mouvements sociaux au sein du monde arabe. La communication envisagée ici entend analyser les modalités de la contestation sociale au Maroc dans le contexte du « réveil arabe » en tant que tentative de réappropriation de l’espace public et de redéfinition de « l’agir politique ». Notre travail s’attachera à comparer les différentes formes de contestation à l’oeuvre au Maroc afin de tenter de comprendre comment les acteurs façonnent une nouvelle forme de pratique politique qui leur semble plus acceptable. En ce sens, nous nous attacherons à comparer les différentes pratiques mises en oeuvre par les acteurs du mouvement du 20 février avec celle des « gens ordinaires » qui contestent en dehors des formes instituées par le militantisme.

Né dans le sillage du « réveil arabe », le mouvement du 20 février qui se revendique d’une « virginité politique » (Zaki, 2011), amorce un changement tactique des acteurs sociaux qui se traduit par la défiance clairement affirmée par les « jeunes du mouvement » à l’égard des partis politiques d’opposition, et l’affirmation d’une volonté de rompre avec les logiques partisanes. Tout en ne remettant pas en cause la personne royale, ce mouvement amorce une critique radicale du jeu des réformes (Hibou, 2011) et place la question de la démocratie au coeur des débats. Nous partirons d’un constat : le mouvement du 20 février n’étant pas à l’origine un mouvement « populaire », notre étude va s’attacher à comparer les conceptions et revendications politiques défendues par les militants du 20 février (généralement issus d’une catégorie sociale plutôt favorisée) avec celles exprimées par « les gens ordinaires » non militants, qui forment la grande majorité du Maroc.

Ce travail se fondera sur la comparaison d’un travail d’enquête mené sur le mouvement du 20 février depuis mars 2011 avec une enquête en cours sur les habitants d’un quartier d’habitations illégales d’une petite ville située à la périphérie de Casablanca. Ces enquêtes sont toutes deux basées sur une observation participante couplée avec des entretiens semi-directifs avec les acteurs. Cette comparaison devrait permettre d’analyser les différentes modalités d’appropriation de l’espace public et de contestation utilisées par les différentes couches de la société marocaine. Ce qui devrait conduire, dans le sillage d’auteurs tels que James C. Scott ou Asef Bayat, à dresser le tableau des logiques politiques mobilisées par les militants avec celles des « subalternes », pour reprendre la terminologie de Gramsci. Cette étude permettra ainsi de rompre avec une conception verticale du politique, en adoptant une conception pluraliste, donnant une même noblesse à toutes les formes d’action, de l’engagement militant aux gestes ordinaires de résistance (construction illégale, corruption, occupation de la voie publique) et en les considérant comme également constitutives du politique en tant que tel. L’idée ici sera de montrer que toute modalité d’action politique, même si elle ne se présente pas comme une forme de résistance, peut constituer un acte de contestation.

Horaire:
Vendredi 26 octobre
16h15 – 18h
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Combats actuels pour l’émancipation: Luttes et révolutions dans la région arabe (II).

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