Les interprétations de la grande grève de l’hiver 1960-1961 en Belgique dans les milieux révolutionnaires.

Intervenante:
Francine Bolle est doctorante à l’Université libre de Bruxelles, collaboratrice au Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches, professeure d’histoire dans l’enseignement supérieur, spécialiste de l’histoire syndicale belge (XIXè-XXè s.).

Exposé
Tandis que l’Europe connaissait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une élévation générale du niveau de vie des travailleurs, un déploiement accru de l’Etat-providence et des systèmes de concertation sociale, éclate en Belgique, fin 1960, un vaste mouvement de grèves contre les nombreuses mesures d’austérité prévues dans le projet de « Loi unique ». Malgré l’attitude frileuse voire hostile des instances syndicales nationales, la grève générale fut une réalité de fait six semaines durant dans toute la Wallonie suite à l’extension massive de débrayages spontanés et d’actions directes (piquets volants, barrages routiers, sabotages d’installations électriques, industrielles, gestes de fraternisation en direction des soldats, etc.) menés par les grévistes et des délégués de la base organisés en divers endroits en « comités de grève ».

En raison de ses caractéristiques exceptionnelles pour l’époque, le mouvement social de l’hiver 60-61 fut érigé dans la plupart des milieux révolutionnaires en véritable événement international, préfigurant une nouvelle montée révolutionnaire à venir, comme peuvent l’être aujourd’hui les révoltes dans le monde arabe. Au-delà des frontières belges, il donna ainsi lieu à une littérature militante abondante (notamment en France dans les revues/bulletins Socialisme ou Barbarie, Correspondances socialistes, Informations ouvrières, Programme communiste, La Vérité, Les Temps modernes, etc.) s’interrogeant, au moment des faits mais aussi après l’échec de la grève, sur la signification de ces grèves pour le mouvement ouvrier révolutionnaire.

En confrontant l’histoire de cette grève –qui se déroule à un moment charnière de l’évolution des sociétés industrielles– et celle de ses interprétations dans les milieux révolutionnaires, notre intervention visera à interroger plus globalement l’influence réciproque des luttes sociales et des théories émancipatrices ainsi que le poids des réalités économiques, politiques et idéologiques spécifiques à une période ou région données, sur la formation de ces théories.

Au-delà du simple questionnement épistémologique, réaffirmer le substrat historique et social de toute théorie émancipatrice nous paraît plus que nécessaire à l’heure où effectivement l’« on assiste à une recomposition d’espaces de théorisations critiques, après une longue période d’éclipse, de dispersion, voire même de régression ». Les apports de ces élaborations théoriques actuelles dépendront notamment de la capacité de leurs acteurs à s’approprier non dogmatiquement les contributions théoriques de ceux qui ont pensé l’émancipation jusqu’à nos jours.

Horaire
Samedi 27 octobre
15h15 – 17h
Anthropôle, salle 2013
Panel – Histoire en lutte: Retour sur les ruptures des années 60-70

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