L’institution de l’émancipation et le risque du pouvoir

Intervenant:

Hugues Poltier est Maître d’enseignement et de recherche en philosophie à l’Université de Lausanne. Son doctorat portait sur la pensée de Claude Lefort. Ses recherches et publications concernent l’articulation entre démocratie, égalité, liberté et mondialisation néolibérale Ses auteurs de référence : Castoriadis, Arendt, Althusser, Balibar, Rancière, Deleuze, Adorno, Foucault, Derrida, etc.

Exposé:

Partant de l’hypothèse que l’émancipation comprise strictement signifie une forme de société caractérisée par l’absence de domination privée des uns sur les autres (= une traduction possible du principe d’égaliberté), – et dans un propos qui pourrait se présenter comme un commentaire très libre de la phrase de Rousseau énonçant que « C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir » (CS, II, 12), j’entends montrer dans cette communication :

 1. Qu’il peut y avoir émancipation effective durable qu’à la faveur de son institution. Par là, j’entends l’adoption de principes à caractère constitutionnel orientés par l’exigence d’interdire – empêcher – prévenir l’apparition et plus encore la cristallisation de phénomènes de domination de particuliers sur d’autres particuliers – tout autant bien sûr que celles de groupes sur la collectivité comme telle (la situation présente tombant sous cette dernière caractérisation, les sociétés se trouvant largement aux ordres des capitalistes et de leurs représentants, les « marchés financiers »).

2. Que, du coup, la société émancipée n’échappe pas à la question du pouvoir, de la règle et de la mise en oeuvre de la règle par une autorité déléguée et mandatée pour en assurer l’effectivité. Avec tous les risques que cette première division, nécessaire, comporte: entre ceux qui sont investis de l’autorité collective pour assurer l’effectivité de la norme et ceux qui sont soumis à titre de particuliers, comment éviter que ne se recrée une domination ? quels dispositifs introduire pour prévenir l’émergence d’une domination tirant occasion de la différence de place ?

3. Bref, que la question du pouvoir et de tous les risques qu’il comporte constitue, sinon une aporie, du moins une difficulté cruciale pour le projet d’émancipation; et que sauf à le penser avec la plus grande attention, on s’expose à la répétition de déconvenues qui ont plombé toutes les grandes tentatives du passé. Ce qu’il s’agira ainsi de montrer ici, en prenant appui, entre autres, sur Machiavel et Rousseau, Lefort et Castoriadis, Foucault, etc., c’est à la fois que la question du pouvoir est incontournable en tant que seul un pouvoir investi sous la signification-maître de l’émancipation est à même de prévenir la destruction de l’égalité « par la force des choses »; et que les individus investis de cette autorité jouissent ipso facto et nécessairement d’un pouvoir asymétrique, gros de menace. Et donc que la théorie de l’émancipation ne peut pas faire l’impasse sur la question de son institutionnalisation et du défi du pouvoir – en tant qu’il comporte un moment nécessaire l’inégalité –, partant du risque de domination.

Horaire
Samedi 27 octobre
10h00-11h45
Anthropôle, salle 5081
Panel – Philosophie et libération: Émancipation et institutionnalisation.

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