L’insurrection de 1977 à Alexandrie : rémanence d’un évènement ?

Intervenante:
Mélanie Henry travaille sur les mouvements sociaux à Alexandrie au XXe siècle en tant que doctorante au sein de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Aix-en-Provence).

Exposé:
J’aimerais raconter l’histoire d’un évènement, celui de deux journées insurrectionnelles qui agitèrent les villes égyptiennes en janvier 1977. Elles furent déclenchées par la hausse des prix de produits de base subventionnés, en accord avec la libéralisation et l’austérité décidée par Anouar as-Saddate, soutenu et poussé en cela par le Fond monétaire international (FMI). Closes par le recul de Saddate accompagné d’une sévère répression, ces deux journées constituent un sursaut d’importance dans la pratique protestataire de l’Egypte républicaine. Je parlerai d’Alexandrie et de comment ces journées s’inscrivent dans la décennie mouvementée qui les a précédées. Suite à la défaite de 1967, l’autorité du leader paternaliste Nasser est mise à mal en premier lieu par la révélation de la faiblesse de l’armée égyptienne. Dans les années qui suivent, les contributions à l’effort de guerre des plus pauvres (réductions de salaires par exemple) se perpétuent et Saddate multiplie les mesures visant à libéraliser l’économie. Les critiques surgissent en particulier dans les usines et les universités. En 1977, divers secteurs mis en mouvement durant la décennie convergent et se font déborder dans une confrontation directe avec le pouvoir dont les modalités tranchent avec leurs répertoires d’action façonnés par le contournement de la répression. Je tacherai de retracer certains contours de ces évènements à partir de témoignages d’acteurs alexandrins, de la presse – officielle et militante, de la correspondance consulaire et de dossier de défense d’avocats de certains insurgés. Après avoir vu d’où ont surgi ces journées vient la question de la construction de l’évènement a posteriori. Les livres scolaires reprennent l’expression de Saddate qui l’avait qualifié d’« intifada des voleurs », et, à l’exception de milieux restreints de la gauche où la définition et l’appropriation de 1977 est un enjeu, la construction de l’évènement est laissée à ceux qui l’ont vécue. Les modalités de la construction de la mémoire des évènements de 1977 est donc le second volet de l’histoire de l’évènement. Vient le troisième volet avec la comparaison entre les modalités de l’insurrection de 1977 (modes de regroupement, lieux, outils, organisation, revendications, slogans, etc) et les premiers jours de l’insurrection de janvier 2011. L’évènement de janvier 1977 serait-il rémanent, une référence tacite pour l’insurrection, au sens où il serait constitutif de l’action spontanée postérieure ?

Horaire
Vendredi 26 octobre
16h15 – 18h
Amphimax, Anthropos Café
Panel – Combats actuels pour l’émancipation: Luttes et révolutions dans la région arabe (II).

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