Quand l’impolitique acquiert une portée politique. Le renouveau islamique comme support de politicité à Bagnolet (proche banlieue de Paris).

Intervenant:
Alexandre Piettre est sociologue et urbaniste, et enseignant en philosophie et en science politique. Chercheur associé au Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques de l’Université de Paris 7, où il a soutenu sa thèse en 2010 avec le soutien du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, il est également affilié à l’Institut des Sciences Sociales des Religions Contemporaines de l’Université de Lausanne. Ses travaux portent sur l’islam comme support de politicité et comme vecteur de transformation des espaces sociaux des quartiers populaires.

Exposé:
Cette communication se propose de rendre compte de la mobilisation politique de jeunes acteurs du renouveau islamique de Bagnolet aux affiliations religieuses divergentes, allant du salafisme au soufisme. Militants du Parti des Indigènes de la République (PIR), piliers de l’initiative « Pour un Printemps des Quartiers Populaires » qui rassemble autour de Tariq Ramadan de nombreuses associations locales, des membres du NPA et le PIR durant la campagne présidentielle de 2012, ces acteurs du renouveau islamique se distinguent également par leur inscription dans des réseaux transnationaux et un investissement très important de l’espace public local, troublant fortement les acteurs qui s’y estiment légitimes.

Mais avant toute réduction de leurs pratiques religieuses à des comportements politiques, cette communication prend au sérieux l’impoliticité de ces acteurs, en tant que pour eux priment des pratiques performatives de transformation de soi. A travers des observations participantes au sein de leur mosquée, des parcours commentés dans l’espace urbain et des entretiens approfondis explorant leurs trajectoires, elle mettra en évidence, en termes de subjectivation éthique orientée vers la question de la vérité, le sens qu’ils donnent à leur « conversion » religieuse respective, aux pratiques rituelles qu’ils observent et aux sociabilités qu’elles génèrent. Et elle montrera que c’est une bifurcation liée à un événement, en l’occurrence une mobilisation collective contre la fermeture de leur mosquée en 2007-2008, qui est l’origine de leur subjectivation politique, en tant qu’elle est cette fois-ci orientée vers la question de l’égalité.

Ainsi pourra-t-on dire avec Hannah Arendt et Roberto Esposito que l’impolitique est susceptible d’acquérir une portée politique dans des « situations frontières », dans la mesure où la façon dont le renouveau islamique se constitue comme support de politicité tient moins aux visées théologico-politiques de ses acteurs qu’à leur visibilité disruptive dans l’espace public, c’est-à-dire au filtre du public qui confère une portée politique à leur subjectivation éthique. C’est pourquoi l’on montrera, avec Francisco Naihstat, que leur politicité dépend moins de leurs intentions que de la force illocutionnaire de leurs pratiques éthiques dans un espace public situé, modifiant ainsi profondément les termes de la compréhension de l’action sociale tels que les avaient définis Max Weber.

Horaire
Samedi 27 octobre
15h15 – 17h
Anthropôle, salle 2044
Panel – Race et capitalisme: Stratégies et politisations antiracistes

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