“Quitter le village pour emprunter le chemin vers le Sud” : luttes hégémoniques autour de catégories d’émancipation en Chine.

Intervenant:
Eric Florence est docteur en sciences politiques et sociales de l’Université de Liège (ULg), diplômé en études chinoises (INALCO, Paris) et en science politique et relations internationales (UCL). Ses travaux relèvent de la sociologie politique et portent sur les processus d’identification, de légitimation et les représentations à l’égard des travailleurs ruraux en Chine. Plus largement il s’intéresse aux questions de travail en Chine ainsi qu’aux processus d’émergence d’une société civile en Chine. Il enseigne deux cours à l’ULg en master (« Pouvoir et société dans la Chine moderne et contemporaine » et « Chine postsocialiste et mondialisation : dynamiques politiques et sociales ») et un séminaire intitulé « Populations, institutions et développement en République populaire de Chine », de même qu’un cours de langue chinoise au sein du master en Langues et littératures modernes. Eric Florence coordonne également les activités de l’Institut Confucius de Liège.

Exposé:
Dans un article de 2002, Jean and John Comarrof se penchent sur les « contradictions expérientielles » de ce qu’ils appellent un « capitalisme millénariste », c’est-à-dire « un capitalisme investi d’une force salvatrice » devant permettre la transformation des marginalisés et des subalternes » (Jean Comaroff and John Comaroff, « Alien-Nation : Zombies, Immigrants, and Millenial Capitalism », The South Atlantic Quarterly, n° 101, 4, Fall 2002).

L’étude du fonctionnement du capitalisme flexible en Chine, avec son processus d’accumulation résultant de la combinaison de mécanismes institutionnels hérités du maoïsme et de mécanismes de marché, permet de se pencher sur les ruses du capitalisme, sur les redéploiements de modes complexes de gouvernement et de domination et sur les modes d’accommodement et de résistances des individus et groupes sociaux.

Dans cette communication, j’explore des modes de domination qui, en parallèle avec la répression routinière et les régimes de production disciplinaires, agissent de façon complexe parce qu’ils sont basés sur des catégories d’émancipation et qu’ils travaillent au niveau des espoirs individuels de changement de condition, agissant au niveau des catégories de sens commun ou pratiques dans un contexte où le développement des forces productives et du marché constitue un champ idéologique intensément investi par les élites urbaines et l’Etat-parti.

En me penchant sur les modalités de mise en récit et de luttes autour de la migration et du travail en ville─ mobilisations stratégiques, accommodements, renversements et chevauchements hégémoniques ─, j’entends montrer comment les expériences et récits des travailleurs migrants chinois s’articulent au sein d’un projet hégémonique de légitimation de l’ordre social et d’extraction de la plus value. Pour appréhender ce processus, je mobiliserai la notion de « cadre hégémonique » (Roseberry) entendu comme projet politique visant à établir un cadre matériel et discursif commun afin de cadrer et d’organiser la colère, la frustration mais aussi les espoirs, les aspirations et les désirs.

Horaire
Jeudi 25 octobre
16h – 17h45
Internef, salle 123
Panel – Combats actuels pour l’émancipation: Résistances à l’accumulation par dépossession.

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