Réflexions à partir du projet émancipateur des communautés d’esclaves fugitifs en Amérique.

Intervenante:
Aline Helg est professeure à l’Université de Genève et spécialiste des questions raciales, de la diaspora africaine et des processus d’indépendance et de construction nationale en Amérique latine. Elle a notamment publié Liberty and Equality in Caribbean Colombia, 1770-1835 (2004) et Our Rightful Share: The Afro-Cuban Struggle for Equality, 1886-1912 (1995).

Exposé:
Du XVIe au XIXe siècles, des Africains arrachés à leur continent résistèrent contre leur mise en esclavage en Amérique par la fuite et le marronnage. Par là, ils manifestaient leur rejet de la déshumanisation et transformation en « biens meubles » (Code Noir français de 1685) et capital de production. Les mouvements de marronnage furent si massifs qu’ils contraignirent gouvernants et esclavagistes à légiférer, à entretenir des forces de police spéciales, voire à mobiliser des armées d’Europe pour tenter de les briser. Malgré cette répression continue, le marronnage se poursuivit, et les communautés d’esclaves fugitifs parvinrent à redessiner les cartes coloniales en occupant durablement des régions frontières et d’accès difficile. Cette communication montrera la radicalité de ce projet face à la forme la plus extrême de l’exploitation humaine que fut l’esclavage, en se fondant sur des déclarations d’esclaves marrons, certaines lois et des récits de campagnes militaires visant à éradiquer le marronnage.

Aujourd’hui, plusieurs générations après les abolitions de l’esclavage américain, les terres habitées par les descendants de ces communautés marronnes, avec leurs ressources naturelles, sont devenues cruciales pour le développement du capitalisme. Encore et toujours, le capitalisme montre qu’il ne peut se développer dans le respect de l’humanité : dans ce cas, alors que leurs ancêtres esclaves étaient des biens meubles dont la perte lui était intolérable, les communautés noires d’aujourd’hui sont devenues un obstacle à éliminer. En effet, si les nouvelles constitutions américaines célèbrent la diversité ethnique, condamnent le racisme, et reconnaissent des principes d’autodétermination à ces communautés, gouvernants et entrepreneurs n’hésitent pas engager des forces paramilitaires pour les chasser illégalement de leurs terres. Pour ces communautés (tout comme pour les nations amérindiennes), il s’agit donc de reformuler un projet émancipateur qui permette leur continuité.

Horaire
Samedi 27 octobre
10h00 – 11h45
Anthropole, salle 2044
Panel – Histoire en lutte: L’émancipation et ses impasses

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