Urbanisation et racialisation : tendances lourdes et contradictoires.

Intervenant:

Stefan Kipfer est professeur à l’université York (Toronto, Canada) où il enseigne les politiques urbaines, l’urbanisation et l’urbanisme. Sa recherche porte sur les politiques urbaines comparées en Amérique du Nord (Toronto) et en Europe (Zurich, Paris), et la théorie de l’urbain (notamment dans les oeuvres d’Henri Lefebvre, de Frantz Fanon et d’Antonio Gramsci). Il est l’auteur de Space, Difference and Everyday Life (2008, avec Kanishka Goonewardena, Christian Schmid, Richard Milgrom) et de Gramsci: Space, Nature, Politics (à paraitre en 2012, avec Mike Ekers, Gillian Hart, Alex Loftus). Il prépare actuellement un ouvrage sur les questions post-coloniales et urbaines à Paris et Toronto (avec Kanishka Goonewardena).

Exposé:

Les rapports historiques entre déségregation et émancipation sont ambigus. D’une part, des mouvements réformistes et révolutionaires ont bien traités la ségrégation spatiale de classe, race, et genre de formes d’aliénation, de domination et d’oppression. De ce point de vue, la déségregation représente une stratégie évidemment émancipatrice : une façon de promouvoir l’égalité à travers l’intégration (dans le cas des mouvement pour les droits civiques) ou un moyen d’approprier l’espace-temps pour transformer les classes, genres et peuples dominés et reconstruire entièrements les fondations sociales. D’autre part, certains mouvements politiques et intellectuels ont considéré la ségrégation (et la forme particulière de la ghettoisation) non seulement comme obstacle mais aussi comme resource pour l’émancipation : des bastions ‘noirs’ ou ‘rouges’ pour les luttes révolutionnaires.

La situation actuelle nous force à repenser les liens entre émancipation et déségregation. Dans notre monde capitaliste, patriarcal et néo-impérial, la polarisation sociale et spatiale a produit des formes de ségrégration nouvelles et intensifiées. Parmi celles-ci, les plus évidemment brutales sont les formes ‘d’apartheid’ qui traversent les systèmes racisés de l’administration judiciaire et du contrôle des migrations. En même temps, la déségrégation se retrouve maintenant dans l’arsenal des politiques publiques. Même si elle est parfois un résultat indirect des luttes sociales, la déségration étatique ne poursuit pas l’émancipation. Elle tente de désorganiser le danger socio-politique qu’on trouverait au sein des espaces ségrégués (‘ghettos’, ‘banlieues’, ‘favelas’, ‘bidonvilles’). Ceci nous rappelle que la proximité géographique et la mixité sociale – et non seulement la ségrégation spatiale – peuvent constituer des mécanismes territoriaux de domination. Dans cette situation contradictoire, on devrait concevoir le rapport entre déségregation et émanicaption d’une facon nuancée et dialectique. La déségration se présente donc comme condition nécessaire mais insuffisante pour la transformation profonde des structures sociales.

Horaire
Vendredi 26 octobre
14h15 – 16h
Amphipôle, salle 201
Panel – Ville et capitalisme: Exploitation, gentrification et racialisation

 

 

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