Enseigner les inégalités socio-spatiales : pour une géographie scolaire critique.

Intervenante:
Sarah Mekdjian est maître de conférences en géographie sociale à l’Université Pierre Mendès France, Grenoble II. Ses recherches, couplées d’un engagement associatif, portent sur les migrations internationales.

Exposé
Comment enseigner les inégalités socio-spatiales contemporaines ? La prise de conscience des inégalités et des formes d’injustices est un des fondements de l’action politique. La dimension critique des sciences sociales et humaines relève d’une critique épistémologique des savoirs institués, tout en s’articulant résolument à une critique sociale, qui se donne pour objectif la transformation des rapports sociaux et l’émancipation collective et individuelle.

La géographie scolaire pourrait participer à une critique des inégalités socio-spatiales contemporaines. Or, dans le contexte actuel français des programmes scolaires, la question des inégalités socio-spatiales est analysée du point du vue des « différences de développement » ; les solutions ou propositions d’actions sont envisagées dans la perspective très consensuelle et peu critique du « développement durable ». C’est en classe de cinquième que le terme d’« inégalité » est le plus employé dans le programme scolaire de géographie, décliné en trois études de cas : les inégalités devant la santé, devant l’alphabétisation et devant les risques. Chaque étude de cas est clairement territorialisée. Ainsi à l’échelle mondiale, les cartes des manuels scolaires distinguent un nord historiquement industrialisé et développé, un sud en voie de développement et des pays émergents. L’analyse territorialisée est figée selon des typologies très peu discutées. La typologie relève ici d’un processus de classement et de catégorisation, qui vise à rendre intelligibles les hiérarchies économiques, sans les remettre en question de manière politique. La question centrale du droit d’accès aux ressources, qui relève d’une réflexion sur la justice et l’éthique socio-spatiales, n’est pas un axe épistémologique des programmes scolaires.

Le premier temps de l’analyse portera sur les limites épistémologiques de la géographie scolaire française, notamment de l’approche territorialisée, articulée autour de la notion consensuelle du développement durable. Dans un second temps, nous présenterons un essai d’enseignement critique de géographie portant sur les migrations internationales. Ce projet d’enseignement construit de manière croisée entre des élèves de Grenoble et de Tambacounda au Sénégal, en lien avec les professeurs d’histoire-géographie et des associations contre le racisme, vise à élaborer une géographie du mouvement, qui échappe à la fixité des territoires, et une géographie critique en mouvement, qui envisage le droit à la mobilité pour tous.

Horaire
Samedi 27 octobre
13h15 – 15h
Anthropôle, salle 2055
Panel – S’émanciper par les savoirs: Une émancipation par quels savoirs ?

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