La campagne électorale de type postmoderne: un nouvel opium du peuple

Intervenant:

Jean Salem, professeur d’Histoire de la Philosophie à l’Université Paris 1. Directeur du Centre d’Histoire des Systèmes de Pensée Moderne. Anime à la Sorbonne avec Isabelle Garo, Jean-Numa Ducange, Sébastien Budgen, etc., un Séminaire « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre ». A publié une trentaine d’ouvrages. Dernier paru : Élections, piège à cons ? Que reste-t-il de la démocratie ? (Paris, Flammarion, 2012).

Résumé:

C’est en pensant au vacillement de notre civilisation que j’ai cru bon de brosser un rapide tableau : 1. du cirque électoral ; 2. de la confiscation du pouvoir que ce cirque autorise, et 3. du régime d’élection ininterrompue dans lequel on fait vivre le citoyen de démocraties épuisées.

1. Le cirque électoral repose sur le manque de crédibilité d’une parole publique portée par des notables dont la distance à l’égard de la grande culture est, tout simplement, effroyable. Sur une course à l’abolition intégrale de toute mémoire historique. Et surtout sur les résultats tout à fait décoiffants de ce que Tocqueville appelait le « vote universel ». Car c’est bien par le canal du vote populaire que sont ratifiées des successions qui tendent toujours davantage à redevenir dynastiques (voyez les familles Bhutto, Gandhi, Bush, Bongo, Kabila, etc.).

2. Il faut voir, par ailleurs, comme le suffrage universel est, de nos jours, aussi souvent piétiné qu’on en vante avec emphase les vertus, la grandeur, la sacralité. Les peuples votent-ils « comme il faut » ? La cohorte des béni-oui-oui et autres chroniqueurs à gages les en félicitent aussitôt. Votent-ils « mal » ? alors on doit… refaire l’élection au plus vite (France, Irlande, Pays-Bas). Votent-ils très mal (Palestine, 2006) ? On les bombarde.

La « vie politique » n’est plus que ce théâtre d’ombres, d’où sont absents les grands enjeux qui intéressent l’opinion publique. Aussi, le taux de participation aux scrutins ne cesse-t-il de diminuer dans les grands pays industrialisés. Dès lors, l’hyperabstention est la règle, et une petite fraction de l’électorat global se voit transformée en une grosse majorité des suffrages exprimés.

3. On tient cependant à nous faire accroire que l’indice de la « démocratie », c’est une élection en bonne et due forme, avec des observateurs impartiaux. L’élection serait la reine de la politique et le critérium de toutes les vertus.

Au cirque néolibéral de la réforme ininterrompue répond donc le cirque politico-médiatique du vote ininterrompu, du sondage à jet continu. Cela tend à donner l’illusion du choix à un citoyen-thermostat qui, malgré ce régime d’élections permanentes, saisit plus qu’à demi l’immense mépris dans lequel le système tient les aspirations qu’on l’invite à formuler sans répit.

Horaire
Vendredi 26 octobre
14h15 – 16h
Amphimax, salle 414
Panel – Pratiques politiques et stratégies transformatrices: Acteurs, stratégies et finalités de l’émancipation

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