Por-Bajin

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Une expédition archéologique en Sibérie du Sud

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Aspects de la géomorphologie du site de Por-Bajin

22 août 2008 par Pascal Burgunder publié dans Dossiers scientifiques | Commentaires fermés

Nous atteignons vers onze heures les remparts de la forteresse de Por-Bajin guidés par un groupe de géologues. Nous arpentons ce matin-là les remparts de l’édifice, nous arrêtant régulièrement pour quelques explications portant sur la genèse du paysage au sein duquel nous évoluons : un immense plateau situé à 1300 m. d’altitude dans les contreforts de l’Altaï. Il s’agit en fait d’une vallée alluviale parsemée de lacs et de marais.

Du lac Tere-Khol émergent plusieurs îlots, dont l’un a été choisi par les peuplades ouïgoures pour ériger la forteresse de Por-Bajin. A l’instar de nos régions, la Sibérie a connu son âge de glace qui a modelé le paysage, creusant les vallées et comblant les dépressions de sédiments. Au loin, on aperçoit les restes d’une moraine aujourd’hui boisée. Le secteur présente donc certaines similitudes avec nos Alpes, mais pour nous, Suisses habitués au confinement, tout ici est trop vaste. A enviton 2 mètres sous nos pieds débute le permafrost, profond de quelques 200 m (!), comme nous l’affirment les géophysiciens avec pour pièce à conviction des graphiques hauts en couleurs. Par contraste, les sols situés sous le lac ne sont pas gelés : l’eau constitue en effet un excellent isolant thermique. 

A mi-parcours de la passerelle qui relie notre camp à l’île de la forteresse, les géomorphologues effectuent 
un carottage dans les argiles des sédiments lacustres. L’alternance de couches plus ou moins organiques/carbonatées permet de déduire les variations du niveau des eaux, mais l’aspect le plus intéressant de cette séquence stratigraphique tient dans sa discontinuité avec celle du fort : les sédiments qui composent le sol des îlots présentent les mêmes couches stratigraphiques, mais surélevées de quelques mètres. Deux hypothèses peuvent expliquer cette “anomalie”: le rôle du permafrost et/ou des  perturbations dues à l’activité sismique observée dans la région. 
1. La couche de sol gelé présente sous l’île de Por-Bajin atteint une vingtaine de mètres de profondeur 
pour former une lentille de permafrost comportant elle-même d’importantes zones de glace à l’état pur. Le soulèvement de l’île pourrait ainsi être la conséquence de processus géomorphologiques qui accompagnent la formation du permafrost. 
2. Tout au long de l’excursion, notre attention est attirée par de nombreuses anomalies stratigraphiques dans les sédiments du lac comme dans ceux du fort. Celles-ci démontrent que des secousses sismiques sont survenues par le passé de manière répétée. 

Notre groupe rejoint ensuite les berges de l’île pour observer un autre processus géomorphologique: l’inexorable détachement de blocs entiers de terrain – terrasse qui se fendille, se fracture, se fragmente et s’effrite pour finalement s’évanouir dans les vases… Ici encore, le permafrost est incriminé et, s’il continue de fondre à une telle cadence, le front d’érosion aura atteint les remparts d’ici à deux siècles. 

Laure Bassin et Martin Bader

 

Technique de fabrication des tuiles

15 août 2008 par Pascal Burgunder publié dans Dossiers scientifiques | Commentaires fermés

Le nombre de tuiles retrouvées sur le site de Por-Bajin trahit une production quasi industrielle. Les archéologues les entassent aux alentours des zones fouillées, ce qui permet d’en reconnaître les caractéristiques techniques. 

Le processus de fabrication des tuiles, relativement complexe, a certainement été mis au point en Chine où il a perduré jusqu’au milieu du XXe siècle. Les tuiles y étaient réalisées sur le tour du potier. L’argile mêlé de chaux est monte sur une forme légèrement conique. Un cylindre constitué d’un assemblage de lattons de bois dressés à la verticale sert de  support au mélange argileux. Il est plaqué d’un tissu dont la trame se lit aujourd’hui encore sur la partie concave des tuiles. L’argile est alors monté au tour. On retire ensuite l’assemblage en bois au moyen d’une lanière pour laisser sécher le cylindre ainsi obtenu. La découpe se fait à l’aide d’un ciseau: le cylindre est entaillé à mi-profondeur sur toute sa longueur. La cuisson au four provoque la dilatation de l’argile qui sépare les deux parties prédécoupées. On obtient ainsi deux tuiles pour un cylindre de diamètre réduit, quatre pour un cylindre de diamètre plus important.  

L’assemblage des tuiles en toiture suit un ordre bien défini que l’on a pu restituer : un lit de tuiles peu évasées est recouvert aux jointures par des tuiles au diamètre plus réduit qui assure l’étanchéité de la charpente. La dernière rangée des tuiles de recouvrement reçoit en terminaison une pile estampillée couramment utilisée dans l’art de couvrir chinois.

Fanny Sallin et Pascal Burgunder

Por-Bajin Fortress: Geoarcheology and Protection of cultural Heritage

1 août 2008 par Pascal Burgunder publié dans Dossiers scientifiques | Commentaires fermés

Le colloque organisé dans un bungalow de la mission archéologique à Por-Bajin est conçu de sorte de permettre aux participants de discuter différentes problématiques scientifiques sur le site lui-même. Les présentations des spécialistes russes sont suivies de démonstrations sur le terrain. Dans l’après-midi, une nouvelle séance est consacrée aux conférences.

La première journée est dédiée à l’histoire et à l’archéologie des nomades de l’Asie Centrale. La deuxième journée porte sur la conservation et la restauration du patrimoine archéologique. Enfin, la troisième journée porte sur les méthodes employées en « géoarchéologie » (paléoenvironnement, hydrologie, géologie, pédologie, etc).

Trois participants suisses à l’expédition se produisent lors du colloque:

Martin Bader (Haute Ecole d’Arts Appliqués, La Chaux-de-Fonds) fait état des résultats de son travail de diplôme. Il présente des techniques de transport pour matériel archéologique trouvé en haute altitude dans les Alpes suisses. Un emballage et un moyen de transport optimales sont en effet indispensables pour préserver ce type d’objet dans un état satisfaisant pour l’étude. En plus d’étudier et tester différentes sortes de matériels d’emballage, Martin a développé un système de transport personnel composé d’une boîte isolante et d’instruments et produits nécessaires.
Pascal Burgunder (Université de Lausanne, IASA) évoque dans son exposé « Ancient Wall-Painting: from Discovery to Restauration » le traitement réservé à la peinture murale antique de sa mise à jour à son exposition en musée, sur la base des travaux menés par le laboratoire du Musée romain d’Avenches et par le Centre d’Etude des Peintures Murales Romaines (CNRS). Il illustre son propos en présentant les peintures murales conservées au Musée de la Villa romaine de Pully et celles de la villa d’Yvonand, déposées au Musée d’Yverdon.
Iris Büchel (Université de Lausanne, IASA) présente son sujet de mémoire, à savoir quelques aspects de la nourriture végétale au premier siècle apr. J.-C., au travers des découvertes de macrorestes végétaux trouvés en Suisse. Pour souligner l’apport des études archéobotaniques pour l’archéologie, elle aborde notamment quelques aspects méthodologiques et illustre cette thématique en traitant de certains critères qui permettent de supposer une culture locale de fruits.