Antonin Artaud – Lettres de Rodez

Antonin Artaud, Lettres de Rodez (Paris : GLM, 1946)

Un des 26 exemplaires réservés aux amis de GLM (Guy Lévis-Mano), dans un emboîtage façon étui à cigares en lézard cerise réalisé par Clara Gevaert en 2007.En novembre 1942, Robert Desnos prend contact avec le docteur Gaston Ferdière, ami de longue date des surréalistes et médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Rodez, afin de permettre le transfert d’Antonin Artaud, alors enfermé à l’hôpital de Ville-Évrard, en région parisienne. Jusqu’en 1946, Artaud écrira au Dr Ferdière, qu’il voit cependant chaque matin, une cinquantaine de lettres qui offrent un témoignage fascinant de l’internement du poète, qui subira 58 séances d’électrochocs. C’est en 1945, durant ce séjour à Rodez, qu’Antonin Artaud commence à tenir un journal sur de petits cahiers, réinvente un nouveau corps d’écriture, entre texte et dessin, entre théâtre vocal et danse rythmée de coups de couteaux qui transpercent la feuille.

La vocation de Guy Lévis-Mano commence en 1923, alors qu’il publie avec quelques amis La revue sans titre, revue illustrée de gravures sur bois dont la mise en page fait l’objet d’une recherche formelle évidente. Ce souci constant pour la typographie et l’illustration ne le quittera plus, qu’il s’agisse des nombreuses autres revues créées ou de son travail d’éditeur. En 1933, le poète urugayen Rodriguez Pintos lui laisse une petite presse à levier avec quelques casses, et GLM commence alors à imprimer lui-même.

« […] Puis, il y avait Aragon, alors rôdeur familier des passages et des ruelles de la capitale. Dans son livre sur ce thème, il avait oublié le poète-imprimeur qui vivait avec sa chienne Elsa dans un enclos du quatorzième arrondissement où il avait son atelier. Paysan de Paris plus qu’Aragon ne l’eût jamais imaginé, Guy Lévis Mano, l’éditeur des surréalistes, travaillait là, dans une arrière-cour de la rue Huyghens où la concierge, qui vivait dans une minuscule baraque, était souvent la mère nourricière de ses artistes. Guy s’affairait lentement dans une minuscule pièce (on avait peine à se glisser autour de la presse d’imprimerie). Il allait composer là, sous la raison sociale GLM, Les Yeux fertiles d’Éluard, La Main passe de Tzara, les Poésies complètes de Soupault, Kyrie de Pierre Jean Jouve et les Lettres de Rodez d’Antonin Artaud. Je le verrai toujours, les doigts brillants de plombagine, cherchant dans le haut de casse la lettrine d’un Garamond. » (Pierre Courthion, D’une palette l’autre)

 

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