Conférences plénières

Véronique Castellotti
Université de François Rabelais de Tours, Département de sociolinguistique et didactique des langues.
L’authenticité, l’homogénéité et la stabilité : horizons d’attente indépassables de l’éducation et de l’appropriation langagière ?

Les espaces éducatifs (au sens large du terme) constituent des espaces sociaux historicisés (Ricoeur, 1990) au sein desquels se cristallisent de nombreuses tensions, de divers ordres. Je m’intéresserai ici, dans le cadre de la didactique des langues dites étrangères, à la construction d’espaces d’appropriation/éducation imaginés comme autonomes, disjoints et plus ou moins « authentiques » selon le degré d’homogénéisation et de différenciation qui leur est auto / hétéro-attribué par plusieurs protagonistes diversement impliqués dans ces espaces.
Les espaces sociaux « cibles » imaginés par les apprenants d’une langue étrangère sont en effet construits, le plus souvent, comme homogènes et « authentiques ». De même, les enseignants, en particulier ceux qui n’appartiennent pas aux mêmes communautés d’origine que leurs apprenants, se représentent les espaces sociaux « sources » comme unifiés et stables, tant du point de vue des pratiques langagières que des usages d’appropriation.
J’interrogerai ces mouvements croisés, ces assignations plus ou moins implicites et ces conflits d’interprétation potentiels à partir d’une réflexion élaborée en lien à une expérience de recherche construite entre des espaces d’éducation / appropriation français et chinois, dans des dynamiques d’apprentissage et d’enseignement du français au niveau universitaire.
Entre ces espaces, situés géographiquement en France et en Chine, et que l’on a tendance à catégoriser rapidement comme « français » et « chinois », se tissent, se croisent et se construisent des pratiques et des représentations diversifiées, où les regards s’arrêtent ou circulent, où se mélangent les repères, où s’inventent de nouveaux espaces articulant ou opposant ici et là bas, « natif » et étrange(r), enseignant et apprenant, du « Nord » et du « Sud », global et local, monolingue et plurilingue, etc. en fonction des histoires et des projets ainsi que des enjeux que soulignent les parcours d’appropriation.
Je questionnerai plus particulièrement la construction / déconstruction de ces espaces dans une perspective de formation d’enseignants de langues, en proposant une interprétation de ces mouvements susceptible de faire apparaître autrement et de bousculer certaines évidences et certains impensés de la didactique des langues.


Steven Clayman
UCLA (université de Californie à Los Angeles), département de sociologie
Question Design and Political Positioning

Questions are conventionally understood as requests for information, but they also convey information in an indirect way by establishing relevances, embodying presuppositions, and expressing preferences for response. This latent function of question design is mobilized by journalists within news interviews and news conferences so as to position politicians and other public figures along a political/ideological continuum from consensus to legitimate controversy to extremism. Question-answer sequences may thus be examined as an arena in which journalists and politicians struggle over whether the latter are to be understood as falling within or outside the political mainstream. Politicians may resist the positions imputed to them through the questions they are asked, so those imputed positions are in one sensé provisional. On the other hand, they cannot entirely erase those imputations from the audience’s memory or from the public record. This analysis underscores the power of question design as a journalistic resource, a power that inheres in the latent reportage that questioning embodies.


Johannes Fehr
Collegium Helveticum, ETH Zürich
«Hier spricht man Deutsch» – Fragen, Überlegungen und Geständnisse zur Sprachpraxis in den Wissenschaften

Wer sich als Wissenschaftler zur Sprachpraxis in den Wissenschaften äussert, wird damit konfrontiert, dass er dies in einer bestimmten – oder auch mehreren – Sprache(n) tut, ob er diese nun selbst wählt oder ob sie ihm vorgegeben sind. Hinsichtlich der eigenen Sprachpraxis – zum Beispiel hinsichtlich der Frage, welche Rolle die Sprache(n) im Prozess der Erkenntnisgewinnung spielen – ist somit (auch) ein Wissenschaftler nie einfach nur Beobachter oder neutraler Experte, sondern immer auch Betroffener oder Involvierter, Stakeholder, wie man heute sagt, und vielleicht auch Lobbyst. In meinem Referat will ich deshalb der Frage nachgehen, was es – für mich – heisst, wenn ich mich zu wissenschaftlichen Inhalten auf Deutsch oder aber in einer anderen Sprache äussere.


Daniel Perrin
Université de Zürich, Institut des sciences des médias appliquées
“Bei Sprachen, welche die Mehrheit nicht versteht, haben wir weniger Hemmungen“ Umgang mit Mehrsprachigkeit als Tacit knowledge im global vernetzten Journalismus

Globalisierung und Medienkonvergenz verstärken die Nachrichtenflüsse zwischen Regionen, Sprachräumen und Medientypen. Immer mehr Rohmaterial aus aller Welt kann eine Nachrichtenredaktion erreichen, und immer häufiger finden sich in Quellenmaterialien Äußerungen, deren Sprache in der Redaktion kaum oder nicht nicht verstanden
wird. Wie gehen die die Journalistinnen und Journalisten, die Redaktionen und die Medieninstitutionen damit um, mit welchen Folgen für ihre Kommunikationsangebote und damit auch den öffentlichen Diskurs? – Im Vortrag untersuchen wir zunächst journalistische Praktiken der Herstellung von öffentlichkeit im zunehmend mehrsprachigen organisationalen, institutionellen und gesellschaftlichen Umfeld. Anschließend diskutieren wir mögliche Ansatzpunkte für die angewandte Linguistik, in diesem gesellschaftlich relevanten Anwendungsfeld Sprachgebrauch transdisziplinär zu untersuchen, Problembewusstsein zu schärfen und zu Lösungen beizutragen.


Celia Roberts
King’s College London, Social Science et Public Policy
Performing the institutional self in superdiverse settings

Selection processes, which are a key instrument of institutional order, combine the linguistic technologies of the examination and the confession to make the individual startlingly visible (Foucault 1977). Candidates are required to perform according to implicit institutional standards which they are unfamiliar with or resistant to. Despite the diversity training in place in most organisations, differences in performance rapidly produce inequalities as every move in the interview or exam is socially evaluated.
This ‘quiet sorting process’ (Goffman 1983) masks the performativity of individuals. The wider the gap between institutional evaluative norms, and candidate style and positioning, the more performance work has to be done.
Micro-analysis of video-recorded selection processes for low-paid jobs and medical settings will shed light on some of the tensions between the institutional apparatus and linguistic/cultural diversity.


Jean-Claude Usunier
Université de Lausanne, HEC
La rhétorique du monolinguisme dans le domaine de l’économie et du management

Cette présentation analyse et déconstruit les stratégies de discours des partisans du monolinguisme anglais, particulièrement dans le domaine de l’économie et du management. Quatre procédés visent à exclure et à rendre impossible toute argumentation. 1) Introduire une rhétorique circulaire où chacune des propositions semble logiquement conduire à la suivante. 2) Présenter, paradoxalement, le monolinguisme anglais comme le parangon du plurilinguisme; l’anglais s’ajoutant aux langues locales mais ne les remplaçant pas, la question de la substitution ne se pose pas puisqu’il ne s’agit – par principe – que de complémentarité. 3) Dénoncer toute tentative de donner aux langues locales leur place dans le processus de transmission des savoirs comme la porte ouverte au provincialisme et à la baisse de niveau, ceci sur la base d’un déni des questions d’intercompréhension, de niveau en anglais des participants au processus d’enseignement. Corrélativement, dénoncer les partisans d’un vrai plurilinguisme comme des passéistes, des adversaires d’une académie performante ouverte à la concurrence globale. 4) Empêcher donc les contre-discours de se développer en créant des verrous qui rendent impossible un véritable dialogue sur les enjeux et les solutions.
Les exemples présentés se fondent sur les débats au sein d’une faculté de Sciences Economiques. Ils illustrent les stratégies de discours des partisans du monolinguisme anglais et montrent comment le dialogue et le débat sont progressivement exclus par des mécanismes qui relèvent de la dénégation et de l’instrumentalisation de valeurs des sociétés post-modernes (mobilité, non-discrimination, indifférenciation, concurrence, orientation vers l’avenir).

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